En rénovation, la question se pose souvent : est-ce qu’on peut brancher un volet roulant sur le circuit d’éclairage, tant qu’à faire ? La boîte de dérivation est juste au-dessus de la fenêtre, le fil est là, et l’idée d’ouvrir un mur pour tirer une nouvelle alimentation fait grincer des dents.
Alors la réponse est non. Les moteurs de volets roulants doivent être alimentés par un circuit spécialisé, avec leur propre disjoncteur au tableau. Le circuit d’éclairage n’est pas prévu pour ça. Derrière cette règle, il y a une logique simple : le jour où l’éclairage disjoncte, vous devez encore pouvoir ouvrir vos volets.
L’article est à jour de la série NF C 15-100 édition 2024, référence applicable depuis septembre 2025.
Le reste de la rubrique comprendre l’électricité complète ce sujet.
Ce que disent la norme et les guides fabricants
Dès qu’il y a des volets roulants motorisés dans un logement, il faut au moins un circuit spécialisé qui leur est réservé (partie NF C 15-100-10, celle des bâtiments d’habitation).
Un circuit spécialisé, ça veut dire un départ à part, son disjoncteur à lui, et rien d’autre dessus.
Sur les valeurs, c’est du 1,5 mm² protégé par un 16 A. Avec une seconde option pour les installations plus chargées : 2,5 mm² en 20 A, à choisir selon la puissance cumulée des moteurs. Les volets roulants sont dans les points d’utilisation qui doivent partir sur un départ spécialisé, au même titre qu’un store banne ou un portail.
Petite précision de vocabulaire : la NF C 15-100 est une norme technique. Ce n’est pas le même objet qu’un contrôle de conformité, qui relève du Consuel ou d’un professionnel qui engage sa responsabilité sur l’installation.
La vraie raison : la continuité de service
Le circuit d’éclairage est le circuit qui déclenche le plus souvent. Une ampoule qui claque, un luminaire extérieur qui prend l’eau, une douille douteuse dans un couloir, et le disjoncteur tombe. Si les volets sont accrochés dessus, ils se coupent avec.
Imaginez la scène : 9h00, volets fermés, un défaut sur l’éclairage, plus rien ne s’ouvre. En cas de départ de feu ou de besoin d’évacuer, une fenêtre bloquée par un volet motorisé sans jus, ce n’est pas un détail de confort. Ou la journée bloqué dans le noir, ce n’est pas le top non plus..
C’est exactement pour cette raison qu’il est recommander d’aller plus loin que le minimum et de répartir les moteurs sur deux circuits plutôt qu’un seul. Le minimum normatif, c’est un circuit spécialisé. La bonne pratique, c’est deux. Sur mes chantiers neufs, je pose deux circuits dès qu’il y a plus de trois ou quatre volets.
Il y a aussi une raison de dimensionnement. Le circuit d’éclairage a ses propres limites : 8 points d’éclairage maximum par circuit et un disjoncteur de 16 A maxi, avec deux circuits minimum par logement (un seul admis en studio). Un moteur de volet n’entre nulle part dans ce décompte. On ajoute une charge que le circuit n’a pas été pensé pour porter, et personne ne sait plus ce qu’il y a réellement derrière ce disjoncteur.
En rénovation, faut-il vraiment tout casser ?
Alors non, on va essayer d’éviter ! Il y a des passages à explorer. Un bon réflexe, c’est de vérifier si les gaines existantes peuvent recevoir des fils en plus : une ICTA qui va déjà vers la fenêtre, un aiguillage laissé en place, et la ligne passe sans ouvrir un seul mur. Ça ne marche pas à tous les coups, une gaine trop remplie ou pleine de coudes ne se laisse pas aiguiller, mais ça coûte dix minutes à tester.
Ensuite viennent les combles quand il y en a, une goulotte ou une plinthe technique le long d’un mur, une moulure discrète en haut de cloison, un faux plafond existant fait parfaitement l’affaire.
Je comprends la frustration, elle est légitime. Dans une maison finie, avec des murs peints et un plafond refait l’an dernier, tirer une nouvelle alimentation du tableau jusqu’à chaque fenêtre, c’est un chantier à part entière. Saignées, rebouchage, peinture. Le coût de l’alimentation dépasse parfois le coût des volets.
Un cheminement en apparent bien pensé reste conforme, et il reste réversible. Ce n’est pas élégant, mais c’est règlementaire.
« Et si je le fais quand même ? »
Autant être honnête : je sais que certains le feront de toute façon. Le fil est là, le moteur consomme peu, et ça fonctionne.
Alors si ça vous prend, sachez au moins où vous mettez les pieds. Un moteur de volet roulant tire quelques dizaines à quelques centaines de watts (à confirmer sur la plaque signalétique du moteur concerné), donc l’échauffement du câble n’est pas le premier risque. Si vous piquez malgré tout, restez au maximum sur un disjoncteur 10 A avec du 1,5 mm² minimum, un seul moteur, et surtout pas un repiquage derrière un interrupteur, où le neutre est très souvent absent.
Mais je ne vous ai rien dit. Ce montage est hors réglementation. Il ne passera pas au Consuel dans le neuf, il sera relevé lors d’un diagnostic à la vente, et il vous mettra en difficulté face à l’assurance en cas de sinistre.
En électricité, tout marche quoi qu’on fasse. C’est le jour où un problème surgit que ça change la donne.
Et si vous ouvrez une boîte de dérivation ou le tableau : coupez le disjoncteur concerné, consignez-le, et vérifiez l’absence de tension avant de toucher quoi que ce soit. Un moteur de volet peut redémarrer seul si une commande est enclenchée. En cas de doute sur le repérage de vos circuits, appelez un électricien qualifié. Pour des travaux concrets dans le Grand Est, je renvoie les demandes vers Decor’Home.
La solution que je propose de plus en plus : le volet solaire
Quand le passage de câble est vraiment impossible, il reste une sortie propre : le volet roulant solaire, avec panneau et batterie intégrés sur le caisson. Pas de ligne à tirer, pas de saignée, pas de circuit spécialisé à créer puisqu’il n’y a pas de raccordement au 230 V.
Et il y a un bénéfice que personne ne mentionne : en cas de coupure de courant, ils s’ouvrent toujours. Là où une installation filaire vous laisse dans le noir derrière un volet bloqué, celui-là continue de fonctionner sur sa batterie.
Les limites existent, autant les poser : il faut une exposition correcte, la batterie se remplace au bout de quelques années, et le prix unitaire est plus élevé qu’un volet filaire classique. Sur une façade nord dans une rue étroite, ce n’est pas la bonne solution.
Circuit éclairage et circuit volets roulants, côte à côte
| Circuit éclairage | Circuit volets roulants | |
|---|---|---|
| Ce qu’il alimente | points lumineux, prises commandées | moteurs de volets uniquement |
| Section mini | 1,5 mm² | 1,5 mm² (2,5 mm² possible) |
| Protection | 16 A maxi | 16 A en 1,5 mm², 20 A en 2,5 mm² |
| Nombre par logement | 2 minimum, 1 admis en studio | 1 minimum, 2 recommandés |
| Limite de charge | 8 points d’éclairage maxi | selon puissance cumulée des moteurs |
Questions fréquentes
Le Consuel refuse-t-il un volet roulant branché sur l’éclairage ? Dans le neuf, oui, c’est un point de non-conformité relevé. En rénovation partielle sans passage Consuel, personne ne viendra le voir, ce qui ne le rend pas conforme pour autant.
Peut-on mettre les volets roulants sur le circuit des prises à la place ? Non plus. La règle est la même : circuit spécialisé, réservé aux moteurs. Prises ou lumière, le problème de continuité de service reste identique.
Un volet roulant radio ou connecté change-t-il quelque chose ? Non. Le radio supprime le fil de commande entre l’interrupteur et le moteur, pas l’alimentation du moteur. Il faut toujours amener du 230 V au coffre, donc toujours un circuit spécialisé.
Combien de volets peut-on mettre sur un même circuit spécialisé ? Ça dépend de la puissance cumulée des moteurs, à additionner à partir des plaques signalétiques. Et quel que soit le résultat, mieux vaut ne pas tout regrouper sur un seul départ.
Ce qu’il faut retenir
- Brancher un volet roulant sur le circuit d’éclairage n’est pas conforme : les moteurs relèvent d’un circuit spécialisé, avec leur propre disjoncteur.
- La raison n’est pas la puissance consommée, c’est la continuité de service : un défaut d’éclairage ne doit pas condamner vos fenêtres.
- Comptez 1,5 mm² protégé en 16 A, ou 2,5 mm² en 20 A selon la puissance cumulée des moteurs.
- Deux circuits valent mieux qu’un, même si la norme n’en exige qu’un seul.
- Avant de renoncer à tirer une ligne, regardez les combles, une goulotte ou une plinthe technique : le passage apparent reste conforme.
- Si le câble est vraiment impossible à passer, le volet solaire règle la question, et il s’ouvre encore quand le secteur est coupé.
- Toute intervention dans une boîte ou au tableau commence par couper et consigner le disjoncteur, puis vérifier l’absence de tension.
Reste ensuite la question du dimensionnement du départ, quel calibre et quelle section selon le nombre de moteurs : c’est un autre sujet, que je traite séparément ici.
Pour aller plus loin
Sur les règles d’installation et les valeurs à respecter, la référence reste Promotelec.
- Quel disjoncteur pour quel appareil
- Comment lire son tableau électrique
- Tubes et gaines électriques : lequel choisir

