Trois centimètres qui manquent au tableau, et le premier réflexe c’est de tirer sur le fil. Mauvaise idée. Avant de rallonger un fil électrique, il y a une question à se poser : où faire la connexion ?
Pour rallonger un fil électrique, il faut un connecteur, un Wago plutôt qu’un domino, et une boîte de dérivation qui reste accessible. Le fil ajouté doit avoir exactement la même section que l’existant. Mais avant de connecter quoi que ce soit : ne peut-on pas récupérer quelques centimètres à l’autre bout du circuit ?
C’est souvent la meilleure solution, et la plus simple.
Une connexion mal réalisée, c’est un point qui chauffe, et un point qui chauffe finit parfois en départ de feu. Les solutions existent et elles sont accessibles. Reste à choisir la bonne selon l’endroit où le fil manque.
Les autres risques d’une installation, du fil dénudé à la prise qui chauffe, sont rangés dans la rubrique sécurité électrique.
Pour info, le modèle sur la photo, c’est le Wago 221-2411.
À ne pas confondre. Cet article traite du fil d’une installation fixe, dans un mur ou un tableau. Si vous cherchez plutôt les règles d’usage d’une rallonge multiprise, c’est un autre sujet.
Avant tout : choisir où faire la connexion
Quand un fil est trop court, on pense immédiatement à ajouter une jonction quelque part sur le circuit. Souvent, la bonne solution c’est de déplacer le point de connexion, pas d’en créer un nouveau.
Un fil qui arrive trop court au tableau ? Plutôt que d’ajouter une boîte de dérivation dans les combles ou derrière une cloison, voyez si vous pouvez récupérer du mou à l’autre bout, côté appareillage ou côté goulotte. Une connexion dans la goulotte du tableau, proprement réalisée dans l’enveloppe existante, vaut toujours mieux qu’une boîte supplémentaire dans un endroit où personne n’ira jamais.
La règle de bon sens : faites la connexion là où elle sera la plus accessible et la plus facile à contrôler. Pas au milieu du circuit sous prétexte que c’est là que le fil est trop court.
Selon l’endroit où le fil manque, la réponse n’est pas la même.
| Où le fil est trop court | Ce que je fais | Ce qu’on évite |
|---|---|---|
| Au tableau, après un changement de tableau | Déplacer le tableau si c’est possible ; sinon un rail horizontal avec des bornes | Des connecteurs qui pendent entre les rangées |
| Dans une boîte de dérivation | Une borne par fil, même section, tout dans la boîte | La torsade sous du scotch |
| Au plafond, pour un luminaire | Raccorder dans le boîtier du luminaire ; fils plus fins que du 1,5 mm² remplacés | Rallonger un fil trop fin |
| Dans un mur déjà fermé | Câble neuf de bout en bout, ou connexion déplacée vers une boîte qu’on peut ouvrir | La jonction noyée dans le plâtre |
| Dans une gaine, fil tiré trop court | Retirer le fil et en tirer un neuf | La jonction cachée dans la gaine |
| En extérieur ou enterré | Câble neuf ; à défaut, une boîte de jonction étanche faite pour être enterrée | Un raccord bricolé dans un regard |
Changer de tableau et rallonger toutes les arrivées
Quand le nouveau tableau est plus haut ou plus bas que l’ancien, chaque circuit arrive trop court, souvent d’une vingtaine de centimètres. Ma première réponse, c’est de déplacer le tableau pour que les fils tombent juste. Si vous lisez ces lignes, j’imagine que ce n’est pas possible chez vous.
Dans ce cas, je pose un rail horizontal sous les rangées, avec une borne de raccordement par conducteur. Chaque arrivée se branche sur sa borne, et un fil neuf de même section repart vers son disjoncteur. Au final, c’est plus propre que si les fils d’origine avaient été assez longs : tout est aligné, repéré et facile à contrôler. Tout ça se fait installation coupée au disjoncteur de branchement, absence de tension vérifiée.
Chaque circuit garde son propre neutre jusqu’à son disjoncteu. Sur un rail chargé, c’est l’erreur qui arrive vite : deux neutres sur la même borne, et un différentiel qui saute sans raison apparente des mois plus tard.
Dans le Grand Est, quand un client veut un tableau neuf avec ses arrivées remises au propre, c’est le genre de travail que je passe à Decor’Home.
Le fil du plafond est trop court pour le luminaire
Ce cas-là, c’est vraiment la galère, et il n’existe pas de solution miracle. Le fil sort du plafond de trois centimètres, et le luminaire en demande dix.
Disjoncteur coupé et consigné, il m’arrive d’attraper le fil avec une borne à levier ouverte. Ça se fait, à quatre conditions : le cuivre est dénudé à la cote écrite sur la borne, il entre jusqu’en butée, le levier se referme sans laisser de cuivre visible, et le fil ne tire pas sur la borne une fois le luminaire en place. S’il en manque une, on arrête. On pose une boîte plus près, ou on change le fil.
Si les fils qui sortent du plafond sont plus fins que du 1,5 mm², je ne les rallonge pas. Je les change d’office, parce qu’un circuit d’éclairage se fait en 1,5 mm² au minimum.
Une connexion, ça se protège et ça reste accessible

Une fois l’emplacement choisi, une règle vaut partout : toute connexion doit être protégée dans une enveloppe adaptée et rester accessible. On ne laisse pas une jonction noyée dans du plâtre, coincée derrière un mur ou perdue dans une gaine sans boîte. Les épissures sont interdites. Une connexion se fait avec une borne de connexion ou les bornes d’un appareillage, dans une boîte.
Accessible, ça a un sens précis : on doit pouvoir atteindre la connexion en démontant un couvercle ou un obstacle à l’aide d’un outil, sans rien casser. Une plaque vissée, c’est accessible. Un enduit et deux couches de peinture, non. C’est la règle de l’édition 2024 de la norme, celle qu’on applique depuis septembre 2025.
Autre règle : la section du fil de raccordement doit être identique à celle du fil existant. On ne rallonge pas un câble de 2,5 mm² avec un bout de 1,5 mm². C’est le maillon faible qui chauffe, et c’est lui qui décide de ce que la ligne supporte.
Rallonger un fil électrique avec un Wago : la méthode
Les Wago, ou plus exactement les bornes automatiques à ressort, sont devenues le standard sur les chantiers. On insère le fil, le ressort le bloque. Pas de vis, pas de serrage, pas d’outil.
La connexion par ressort est plus stable dans le temps qu’une vis. Le métal se dilate et se contracte, le ressort suit, la résistance de contact reste faible. C’est pour ça que les électriciens les ont adoptées massivement.
La méthode, en cinq points :
- Coupez et consignez le disjoncteur du circuit au tableau, puis vérifiez l’absence de tension avant de toucher quoi que ce soit.
- Dénudez à la bonne longueur. Chaque borne indique la longueur de dénudage à respecter, souvent 10 à 12 mm selon le modèle, 11 mm sur une 221. Un fil trop peu dénudé fait contact sur quelques millimètres seulement et chauffe.
- Un conducteur par borne, jamais deux fils entassés dans la même entrée.
- Respectez les couleurs : phase avec phase, neutre avec neutre, terre avec terre.
- Logez le tout dans une boîte accessible, en laissant un peu de mou. Une connexion tendue finit par tirer sur les bornes.
Les modèles les plus courants :
Wago 221 : le plus polyvalent, transparent, avec levier de déverrouillage. Il accepte des fils rigides et souples, de 0,14 à 4 mm² sur la série standard, jusqu’à 6 mm² sur la version 221-612. Idéal pour les boîtes de dérivation, les luminaires, les raccordements de fin de ligne.
Wago 2273 : plus compact, sans levier, pour fils rigides uniquement. Moins cher, pratique pour les connexions définitives et les endroits où l’on manque de place.
Wago 243 : série pour fils fins, de 0,6 à 0,8 mm, limitée à 6 A, faite pour la sonnette, l’alarme ou le téléphone. Elle n’a rien à faire sur un circuit 230 V.
Un point que je vois négligé : le connecteur doit couvrir à la fois la section du fil et le courant du circuit. Un connecteur prévu pour 4 mm² n’accepte pas le 6 mm² d’une plaque de cuisson protégée par un 32 A. Et sur un circuit de recharge de véhicule électrique, un câble en 10 mm² protégé par un disjoncteur 40 A pour une borne 32 A, là on ne bricole pas de jonction, on tire un câble neuf.
Le domino : encore autorisé, de moins en moins posé
Le domino, c’est le connecteur à vis qu’on trouve dans tous les tableaux depuis cinquante ans. Une réglette en plastique, des trous des deux côtés, une vis qui serre le fil contre une barrette métallique.
Les dominos conformes aux normes de matériel applicables restent des connecteurs autorisés. Mais leur usage en neuf est de plus en plus déconseillé, et les guides d’application de la norme ne les mettent plus en avant. C’est un signal.
Leur défaut principal : la vis se desserre avec le temps, surtout si les fils vibrent ou si la connexion a chauffé une fois. Un domino desserré, c’est une résistance de contact qui augmente, qui chauffe davantage, qui se dégrade encore. Le cercle est vicieux.
Si vous en utilisez quand même :
- Choisissez le calibre correspondant à la section du fil
- Serrez correctement, sans forcer au point de cisailler le conducteur
- Vérifiez la tenue quelques jours après la première mise sous tension
Pour du neuf ou une rénovation complète, passez directement aux bornes automatiques.
Et la soudure sous gaine thermo ?
On la voit dans beaucoup de tutoriels : deux fils torsadés, soudés au fer, puis recouverts de gaine thermorétractable. Sur un fil d’installation fixe, c’est une épissure, sans borne et sans boîte. Chez moi, c’est zéro soudure.
La boîte de dérivation, et le cas du mur
Le connecteur, c’est la connexion. La boîte de dérivation, c’est l’enveloppe qui la protège et la rend contrôlable. Les deux ne se remplacent pas l’une l’autre.
Rallonger un fil à l’intérieur d’un mur est possible, à une condition : la connexion se trouve dans une boîte de dérivation accessible, avec un couvercle démontable, sans rien casser pour y accéder. Une boîte affleurante refermée par une plaque vissée, c’est accessible. Une boîte enduite et repeinte, non.
Ce qui ne passe pas, c’est la connexion nue noyée dans le mur. Deux fils torsadés et plâtrés, un Wago abandonné dans une saignée, une jonction perdue dans une gaine sans boîte. Le jour où ça chauffe, personne ne sait où c’est et personne ne peut y accéder.
Si le mur est déjà refermé et qu’aucune boîte n’est envisageable, la bonne solution n’est pas de bricoler une jonction cachée. C’est soit tirer un câble neuf de bout en bout, soit déplacer le point de connexion vers un endroit accessible.
Et avant de poser une boîte, reposez-vous la question : faux plafond démontable, goulotte de tableau, boîte d’appareillage existante. Une connexion de moins dans les combles, c’est toujours ça de gagné.
Quelle section pour le fil de rallonge ?
Le fil de rallonge doit avoir la même section que le fil existant, sans exception. Pas question de descendre d’un cran pour gagner deux euros.
| Circuit | Section mini | Disjoncteur maxi |
|---|---|---|
| Éclairage | 1,5 mm² | 16 A |
| Prises de courant, circuit de 8 prises maxi | 1,5 mm² | 16 A |
| Prises de courant, circuit de 12 prises maxi | 2,5 mm² | 20 A |
| Prises de cuisine, circuit de 6 prises maxi | 2,5 mm² | 20 A |
| Lave-linge, lave-vaisselle, four (circuit spécialisé) | 2,5 mm² | 20 A |
| Plaque de cuisson, monophasé | 6 mm² | 32 A |
Si vous ne savez pas quelle section est déjà en place, le repère se lit sur l’isolant du câble. À défaut, avec une chute de 1,5 et de 2,5 mm², on compare le diamètre à l’œil.
En extérieur ou enterré : le câble neuf d’abord
Un câble de portail trop court de quelques mètres, sous gaine dans le jardin, c’est une question qui revient. Ma réponse : un câble neuf de bout en bout chaque fois que c’est possible. Un câble se ressort d’une gaine plus facilement qu’on ne le croit, et c’est souvent moins cher qu’une jonction de qualité.
Quand le câble neuf coûte vraiment trop cher, une boîte de jonction étanche, à gel ou à résine, conçue pour être enterrée, est admise sans rester accessible. On garde la même section, et on note où se trouve la jonction. Pour la pose, le guide UTE C 15-520 prévoit un câble enterré sous fourreau.
Ce qu’on ne fait jamais
- Torsader deux fils et enrouler du scotch dessus. Ce n’est pas une connexion, c’est un départ de feu.
- Souder deux fils et cacher la soudure sous de la gaine thermo, sur une installation fixe.
- Laisser une connexion dans une gaine sans boîte. Inaccessible, incontrôlable.
- Rallonger avec une section inférieure. C’est la jonction qui devient le point chaud.
- Utiliser une borne très basse tension sur du 230 V. Les séries ne sont pas interchangeables.
- Insérer un fil mal dénudé. Contact réduit, résistance élevée, échauffement.
Quand passer la main
Rallonger un fil dans une boîte apparente ou au raccordement d’un luminaire, un particulier soigneux y arrive. Dès qu’on parle d’une cloison, d’un tableau, ou d’un circuit spécialisé comme une plaque de cuisson ou une recharge de véhicule, le sujet change de nature.
Ce que vous pouvez vérifier sans danger, sans ouvrir de boîte :
- repérer le disjoncteur du circuit concerné et l’abaisser ;
- regarder si un fil d’origine a assez de mou à l’autre bout, côté interrupteur ou côté appareil ;
- lire la section écrite sur la gaine d’un câble visible.
Quand appeler un pro :
- la jonction est dans un mur fermé ou un plafond fini ;
- il faut rallonger les arrivées d’un tableau ;
- vous trouvez une ancienne jonction noircie, une odeur de chaud ou un fil plus fin que le reste du circuit.
Et une connexion bien serrée ne rend pas une installation conforme : c’est le Consuel ou un professionnel qui le constate. En cas de doute, faites appel à un électricien qualifié.
FAQ
Comment rallonger un fil électrique avec un Wago ? Coupez et consignez le circuit, vérifiez l’absence de tension, dénudez à la longueur indiquée sur la borne, insérez un seul conducteur par entrée en respectant les couleurs, puis logez la connexion dans une boîte de dérivation accessible.
Peut-on rallonger un fil électrique dans un mur ? Oui, à condition que la connexion soit dans une boîte de dérivation accessible, avec un couvercle démontable à l’outil. Une jonction noyée dans le plâtre ne passe pas, même réalisée avec un bon connecteur.
Peut-on rallonger un câble électrique sans domino ? Oui, et c’est même la solution que je conseille. Les bornes à ressort sont plus stables dans le temps, la connexion par vis se desserre avec les cycles thermiques.
Comment relier deux fils électriques entre eux ? Avec une borne à deux entrées, un conducteur par entrée, dans une boîte accessible. Pour plus de fils, un 221-413 a trois entrées, un 221-415 en a cinq. On ne dépasse pas la capacité indiquée.
Peut-on souder deux fils électriques ? Sur une installation fixe, non, même avec une gaine thermo par-dessus. Une soudure reste une épissure, et les épissures sont interdites.
Peut-on prolonger les fils à l’intérieur du tableau avec des Wago 221 ? Oui, si la borne couvre la section et le courant du circuit et reste accessible derrière le plastron. Pour un tableau complet, un rail avec des bornes est plus propre que des Wago en grappe.
Ce qu’il faut retenir
- Avant de rallonger un fil électrique, cherchez si vous pouvez récupérer du mou à l’autre bout : plus simple et plus propre.
- Faites la connexion là où elle restera accessible, pas forcément là où le fil manque.
- Le Wago est la référence actuelle : un conducteur par entrée, dénudé à la longueur indiquée sur la borne.
- Toute connexion doit être protégée dans une boîte adaptée et rester démontable à l’outil, y compris dans un mur.
- Le fil de rallonge doit avoir la même section que l’existant, et le connecteur doit couvrir cette section.
- Au tableau, quand toutes les arrivées manquent, un rail avec une borne par conducteur vaut mieux qu’une grappe de connecteurs.
- Soudure, torsade et scotch : jamais sur une installation fixe.
Pour aller plus loin
Les règles de raccordement et de pose des fils se recoupent sur Promotelec.
- Des Wago dans le tableau électrique : à quelles conditions
- Tire-fil cassé dans la gaine : comment s’en sortir
- Câble électrique sans gaine : quand la gaine devient obligatoire, enterré compris

