Vous venez d’emménager dans un logement ancien. Ou vous avez fait des travaux et vous voulez vous assurer que tout est correct. La question revient souvent : est-ce que ma mise à la terre fonctionne vraiment ?
Ce n’est pas une question abstraite. Une terre mal faite ou absente, c’est une installation qui ne protège pas les personnes comme elle devrait. Mais « vérifier la terre », ça veut dire deux choses bien différentes selon ce qu’on cherche à contrôler. Il faut les distinguer dès le départ, parce que les outils et les méthodes ne sont pas les mêmes.
Si vous n’êtes pas encore au clair sur ce qu’est la mise à la terre et à quoi elle sert, je vous renvoie à l’article c’est quoi la mise à la terre avant de continuer.
Ce qu’on vérifie : deux choses distinctes
La continuité du conducteur de protection : est-ce que le fil vert-jaune est bien connecté de bout en bout, de la prise jusqu’au tableau, et du tableau jusqu’à la borne de terre ? C’est une vérification de câblage.
La résistance de la prise de terre : est-ce que le piquet de terre enfouie dans le sol (piquet ou boucle en fond de fouille) a une résistance suffisamment basse pour que la protection fonctionne ? C’est une mesure de l’efficacité du piquet de terre lui même.
Les deux sont nécessaires. Une bonne continuité avec une prise de terre de mauvaise qualité, ça ne protège pas correctement. Et une excellente prise de terre sans continuité dans les câbles, ça ne sert à rien non plus.
Vérifier la continuité du conducteur de protection
L’outil
Un multimètre réglé en mode résistance (ohmmètre) suffit pour cette vérification. Le Sefram 7202 fait très bien ce travail au quotidien. Un testeur de prises électriques avec indicateur de terre peut aussi signaler une absence de terre, mais il ne mesure pas la résistance.
La méthode
Mettez-vous hors tension sur le circuit concerné. Débranchez l’appareil ou la prise à tester. Placez une extrémité du multimètre sur la broche de terre de la prise et l’autre sur la borne de terre au tableau. La résistance lue doit être très faible, de l’ordre de quelques ohms au maximum selon la longueur du circuit.
Si vous lisez une résistance élevée ou si l’ohmmètre n’accroche pas du tout, le conducteur de protection est coupé, mal connecté ou absent. C’est une anomalie à corriger avant tout.
Vérifier la résistance de la prise de terre
L’outil
C’est ici que beaucoup d’articles font une confusion : l’outil pour mesurer la résistance d’un piquet de terre n’est pas un mégohmmètre. Un mégohmmètre sert à mesurer l’isolation des câbles, en injectant une haute tension entre les conducteurs. Ce n’est pas le bon appareil.
L’outil correct est un telluromètre (aussi appelé terromètre ou mesureur de terre). Il fonctionne avec des piquets auxiliaires plantées dans le sol, selon la méthode des 3 ou 4 piquets. Les contrôleurs d’installation multifonctions (Metrel, Chauvin Arnoux) intègrent souvent cette fonction. Un multimètre classique ne peut pas effectuer cette mesure correctement.
La méthode
La mesure se fait par la méthode des 3 piquets : le piquet de terre à mesurer, un piquet de tension auxiliaire, un piquet de courant auxiliaire. Le telluromètre injecte un courant alternatif et mesure la chute de tension entre les électrodes pour calculer la résistance. La distance entre piquets et leur positionnement influencent le résultat, suivez le manuel de l’appareil.
Quelle valeur est acceptable ?
La NF C 15-100 est explicite sur ce point. La résistance de la prise de terre doit être au plus égale à 100 Ω.
Cette valeur vient d’un calcul simple sur le disjoncteur de branchement Enedis (AGCP), calibré à 500 mA :
R = U_L ÷ I_Δn = 50 V ÷ 0,500 A = 100 Ω
C’est la tension limite de contact (50 V) divisée par la sensibilité du disjoncteur d’abonné. Au-delà de 100 Ω, le disjoncteur de branchement ne peut plus garantir que la tension de contact restera sous 50 V en cas de défaut.
Source : NF C 15-100
Que faire si la résistance dépasse 100 Ω ?
La norme prévoit ce cas. Si la qualité du terrain ne permet pas d’atteindre 100 Ω (sol rocheux, sableux, terrain sec), il faut adapter l’installation :
| Résistance de la prise de terre | Sensibilité du différentiel requise |
|---|---|
| ≤ 100 Ω | 500 mA (AGCP standard) |
| ≤ 167 Ω | 300 mA |
| ≤ 500 Ω | 100 mA |
| > 500 Ω | 30 mA, avec isolation équivalente classe II assurée jusqu’aux bornes aval |
Source : NF C 15-100.
Plus la résistance de terre est élevée, plus le différentiel doit être sensible pour compenser. Ce n’est pas une situation idéale, c’est une tolérance normative qui impose des contraintes supplémentaires sur le reste de l’installation.
Dans tous les cas, la boucle en fond de fouille en cuivre nu de 25 mm² reste la solution la plus fiable. Elle descend régulièrement sous 50 Ω, là où un piquet seul en terrain difficile peut dépasser 500 Ω.
Si vous avez une installation ancienne avec une terre douteuse, l’article sur les risques d’une installation sans terre détaille ce que ça implique concrètement.
FAQ
Peut-on vérifier la terre soi-même avec un testeur de prise ? Un testeur de prise basique signale la présence ou l’absence de terre sur une prise. Il ne mesure ni la résistance de la prise de terre ni la qualité de la continuité. C’est un outil de détection rapide, pas de mesure. Il peut vous dire qu’il y a un problème, pas à quel point.
Quelle est la différence entre un mégohmmètre et un telluromètre ? Le mégohmmètre mesure la résistance d’isolation des câbles en injectant une haute tension entre conducteurs et masse. Le telluromètre mesure la résistance d’un piquet de terre par rapport au sol via des piquets auxiliaires. Ce sont deux appareils différents, pour deux mesures sans rapport l’une avec l’autre.
La résistance de 100 Ω, c’est facile à atteindre ? Ça dépend entièrement du sol. En terrain argileux humide, un piquet de 2 m peut descendre sous 50 Ω facilement. En terrain rocheux ou sableux sec, même plusieurs piquets interconnectés peuvent avoir du mal à passer sous 100 Ω. Dans ce cas, c’est la configuration de l’installation qui s’adapte, avec des différentiels plus sensibles.
Mon différentiel 30 mA saute souvent. C’est la terre ? Rarement. Un différentiel qui disjoncte souvent est généralement causé par un appareil défectueux, un câble endommagé ou une humidité dans l’installation. L’article différentiel qui saute sans appareil branché détaille les causes les plus courantes.
Un piquet de terre suffit-il ? Dans les bonnes conditions de sol, oui. Mais la boucle en fond de fouille en cuivre nu 25 mm², posée lors de la construction, reste toujours plus fiable et plus stable dans le temps. C’est la solution recommandée en neuf.
Ce qu’il faut retenir
- Vérifier la terre, c’est deux choses : la continuité du câble vert-jaune, et la résistance du piquet dans le sol
- Pour la continuité : un multimètre en mode ohmmètre suffit
- Pour la résistance de terre : il faut un telluromètre, pas un mégohmmètre
- La NF C 15-100 fixe la résistance maximale à 100 Ω (R = 50 V ÷ 0,5 A = 100 Ω, basé sur le disjoncteur de branchement Enedis à 500 mA)
- Si le sol ne permet pas d’atteindre 100 Ω, la norme impose des différentiels plus sensibles pour compenser
- La boucle en fond de fouille en cuivre nu 25 mm² est toujours plus fiable qu’un piquet seul
Pour aller plus loin :
- C’est quoi la mise à la terre ?
- Installation électrique sans terre : quels risques réels ?
- Différentiel qui saute sans appareil branché : que faire ?
Pour les exigences normatives complètes sur la mise à la terre en logement, consultez Promotelec.
