« Je mets un 40 A en tête de rangée, au pire ça coupe. » Je l’ai entendu dans la bouche de particuliers, et même d’électriciens. C’est faux, et c’est toute la différence entre interrupteur différentiel et disjoncteur différentiel.
Les deux coupent sur une fuite de courant, en 30 mA pour protéger les personnes. Seul le disjoncteur différentiel coupe aussi sur une surcharge ou un court-circuit. Le 40 A d’un interrupteur différentiel n’est pas un seuil de déclenchement : c’est le courant qu’il supporte. Au-delà, il ne coupe pas. Il chauffe.
Dans un tableau de maison bien fait, ça ne pose aucun problème, parce que chaque circuit a son disjoncteur sous l’interrupteur différentiel. Les ennuis commencent le jour où quelqu’un compte sur l’interrupteur pour faire le travail du disjoncteur.
Les autres appareils du tableau, du disjoncteur de branchement au bloc différentiel, sont expliqués un par un dans la rubrique comprendre l’électricité.
Le 40 A d’un interrupteur différentiel n’est pas un seuil de coupure
Un interrupteur différentiel fait une seule chose. Il compare le courant qui part par la phase et celui qui revient par le neutre. S’il en manque au retour, c’est que du courant s’échappe ailleurs, vers la terre ou à travers quelqu’un. Et de ce fait il coupe.
Il ne mesure pas l’intensité qui le traverse. Il n’a ni bilame ni déclencheur magnétique, rien qui réagisse à une surcharge.
Le chiffre en ampères imprimé sur sa façade, 25, 40 ou 63 A, c’est son courant assigné : ce que ses contacts et ses bornes acceptent en permanence sans s’abîmer. Une limite d’utilisation, pas une protection. Faites passer 50 A pendant une heure dans un interrupteur différentiel 40 A : il ne coupera pas. Il chauffera, et ses bornes avec lui.
Un interrupteur différentiel ne protège pas le câble. Il ne se protège même pas lui-même : il a besoin d’un disjoncteur.
Un court-circuit phase-neutre, il ne le voit pas
C’est la conséquence la moins intuitive. Lors d’un court-circuit franc entre phase et neutre, le courant grimpe à des centaines, voire des milliers d’ampères. Mais tout ce qui part par la phase revient par le neutre. Aucun déséquilibre, donc rien à détecter. Il laisse passer.
Un défaut entre la phase et la terre, lui, crée une fuite, et là il déclenche. Mais un isolant qui fond entre deux conducteurs actifs, ou une surcharge lente sur un circuit trop chargé, passe à travers sans la moindre réaction de sa part.
C’est le travail du disjoncteur placé en dessous. De lui seul.
Le disjoncteur différentiel fait les deux métiers
Le disjoncteur différentiel, c’est un disjoncteur et un différentiel dans le même boîtier. La partie magnétothermique coupe sur une surcharge, d’autant plus vite que le dépassement est fort, et quasi instantanément sur un court-circuit. La partie différentielle coupe sur une fuite, exactement comme l’interrupteur différentiel.
Quand un disjoncteur différentiel porte « C20 », il coupe vraiment quand le circuit dépasse ses 20 A de façon durable. Son calibre est un seuil de protection. Celui de l’interrupteur différentiel n’en est pas un.
En logement, on le pose surtout sur un départ qu’on veut protéger seul, pour qu’une fuite sur ce circuit ne fasse pas tomber toute la rangée. À une condition : qu’il ne soit pas lui-même sous un autre 30 mA. Un bloc différentiel ajouté sous un disjoncteur classique donne le même résultat.
Différence entre interrupteur différentiel et disjoncteur différentiel, en un tableau
| Interrupteur différentiel | Disjoncteur différentiel | |
|---|---|---|
| Fuite de courant (30 mA) | Coupe | Coupe |
| Surcharge | Ne coupe pas | Coupe |
| Court-circuit phase-neutre | Ne le voit pas | Coupe |
| Ce que veut dire l’ampérage | Le courant qu’il supporte | Le seuil où il déclenche |
| Sur la façade | « 40 A » et « 30 mA », sans lettre | Une lettre de courbe : « C20 », avec « 30 mA » |
| Place habituelle en logement | Tête de rangée, un disjoncteur par circuit en dessous | Un départ protégé seul |
Comparatif de fonctionnement des deux appareils.
Le départ dédié qui sortait d’un interrupteur différentiel
Ce que j’ai trouvé un jour dans un tableau : un départ dédié qui partait directement d’un interrupteur différentiel pour alimenter un équipement. Pas de disjoncteur entre les deux. Rien.
L’équipement était protégé contre les fuites, et c’est tout. Ni le câble ni l’appareil n’avaient de protection contre une surcharge ou un court-circuit entre phase et neutre.

Dans ce montage, le seul appareil qui finira par couper, c’est le disjoncteur de branchement. Il est calibré pour le logement entier, soit plusieurs dizaines d’ampères. Un câble en 2,5 mm² protégé normalement en 20 A max. a largement le temps de chauffer avant d’en arriver là.
Chaque circuit a son propre disjoncteur. Un départ sans disjoncteur n’est pas une variante de câblage, c’est un circuit sans protection. Qu’il fonctionne depuis des années n’y change rien, et ce constat de conformité, c’est un électricien ou le Consuel qui le pose.
Si vous trouvez ce montage chez vous : c’est le départ entier qu’il faut reprendre au tableau. Pour ces travaux dans le Grand Est, Decor’Home s’en occupe.
Alors pourquoi un 40 A en tête de rangée, et pas un 25 ?
Puisqu’il ne coupe pas en surcharge, on pourrait croire que son calibre n’a pas d’importance. C’est l’inverse. Comme rien en lui ne le protège, on le choisit pour qu’il ne soit jamais surchargé.
Deux façons de faire :
- par l’amont : son calibre est au moins égal à celui du disjoncteur de branchement, qui ne laissera jamais passer plus que ce que l’interrupteur supporte ;
- par l’aval : on additionne les calibres des disjoncteurs de la rangée, en comptant à 100 % le chauffage, le chauffe-eau et la recharge du véhicule électrique, et à 50 % tout le reste, puisque tout ne tourne jamais à fond en même temps.
Une rangée avec un chauffe-eau en 20 A, deux circuits prises en 20 A et deux circuits éclairage en 16 A donne => 20 A + la moitié de 72 A, soit 56 A. On pose un 63 A.
C’est ce calcul qui fait dire « 63 A en tête de rangée ». Il dimensionne l’appareil. Il n’en fait pas une protection. C’est ce que prévoit l’édition 2024 de la norme, la référence depuis le 1er septembre 2025.
Si vous voulez être tranquille, prévoyez du 63A partout.
Disjoncteur ou interrupteur différentiel : lequel choisir ?
Dans une maison, le choix normal reste l’interrupteur différentiel en tête de rangée, avec un disjoncteur par circuit dessous. Il coûte nettement moins cher dès qu’il y a plusieurs circuits à protéger. Le disjoncteur différentiel se justifie quand un circuit doit vivre à part.
| Situation | Le choix |
|---|---|
| Une rangée de plusieurs circuits | Interrupteur différentiel + un disjoncteur par circuit |
| Un circuit à garder en service quand le reste tombe, un congélateur par exemple | Disjoncteur différentiel, en amont des interrupteurs différentiels |
| Un circuit à ajouter dans un tableau sans place pour une rangée de plus | Disjoncteur différentiel |
Repères de choix, pas des exigences de la norme.
Le montage qui ne sert à rien, c’est le disjoncteur différentiel 30 mA posé sous un interrupteur différentiel 30 mA. Deux 30 mA l’un derrière l’autre ne sont jamais sélectifs : sur une fuite, les deux peuvent tomber, et la rangée coupe quand même. Il doit être alimenté en amont, et ça se décide au tableau, disjoncteur de branchement coupé. Et vérification d’absence de tension faite
Comment les distinguer sur la façade
Pas besoin d’ouvrir quoi que ce soit : lisez ce qui est imprimé.
Une lettre devant le chiffre, B, C ou D, c’est une courbe de déclenchement. Il y a donc une partie disjoncteur. « C20 » avec « 30 mA », c’est un disjoncteur différentiel. Un « 40 A » sans lettre, avec « 30 mA », c’est un interrupteur différentiel.
Le bouton test ne départage rien : les deux en ont un.
Savoir si un câble part directement d’un interrupteur différentiel, en revanche, demande de voir le câblage. Avant de déposer le capot, on coupe le disjoncteur de branchement, on le consigne pour que personne ne le remette en route, et on vérifie au testeur l’absence de tension sur les bornes. Si ce geste ne vous est pas familier, c’est un contrôle à confier à un électricien.
FAQ
Un interrupteur différentiel 63 A protège-t-il mieux qu’un 40 A ?
Non. Les deux coupent sur une fuite de 30 mA. Le 63 A supporte simplement plus de courant en permanence. Aucun des deux ne coupe sur une surcharge.
Peut-on se passer de disjoncteur sous un interrupteur différentiel ?
Non. Sans disjoncteur, le circuit n’a aucune protection contre la surcharge, ni contre un court-circuit entre phase et neutre.
Mon interrupteur différentiel est chaud, c’est normal ?
Légèrement tiède sous une forte charge, ça arrive. Chaud au toucher, c’est le signe qu’il travaille au-delà de ce qu’il supporte, ou qu’une borne est mal serrée. Comme il ne coupe pas sur une surcharge, rien ne l’arrêtera tout seul : faites-le contrôler par un électricien.
Ce qu’il faut retenir
- La différence entre interrupteur différentiel et disjoncteur différentiel, c’est la surcharge et le court-circuit : seul le second coupe.
- Le 40 A d’un interrupteur différentiel est le courant qu’il supporte, jamais un seuil de coupure.
- Un court-circuit phase-neutre traverse un interrupteur différentiel sans le faire déclencher.
- Une lettre de courbe sur la façade, comme C20, signale un disjoncteur. Un ampérage seul signale un interrupteur.
- Un circuit qui part d’un interrupteur différentiel sans disjoncteur n’est pas protégé : le départ est à reprendre au tableau.
- Disjoncteur différentiel ou interrupteur différentiel : l’interrupteur pour une rangée, le disjoncteur différentiel pour un circuit à part, jamais sous un autre 30 mA.
Pour aller plus loin
Les règles de protection des circuits d’un logement se recoupent sur Promotelec.
- Disjoncteur ou différentiel qui saute : trouver la cause
- Le pouvoir de coupure d’un disjoncteur
- Peut-on brancher 2 départs sur un disjoncteur EDF ?

