Un fournisseur m’avait sorti son abaque : du 5G25 sur 150 m, un 80 A en courbe C, tout était bon. J’ai commandé le câble et les disjoncteurs en conséquence. Puis la note de calcul est arrivée, et il a fallu changer la courbe.
L’abaque n’était pas faux. Un abaque section câble longueur répond à une seule question, souvent la chute de tension, et rarement aux trois qu’un câble doit passer : le courant qu’il supporte sans chauffer, la tension qui arrive au bout, et le déclenchement du disjoncteur sur un court-circuit. Le test le plus sévère décide de la section.
C’est pour ça que deux tableaux, un calculateur en ligne et une note de calcul peuvent donner quatre réponses différentes sans qu’aucun ne se trompe.
Les autres repères sur les câbles, le tableau et les protections sont rangés dans la rubrique comprendre l’électricité.
Trois tests, et un abaque n’en couvre souvent qu’un
Un câble se dimensionne sur trois tests, et chacun regarde autre chose. Le premier ne dépend même pas de la longueur.
| Le test | Ce qui fait varier le résultat | Un 2,5 mm² sous 20 A, en monophasé |
|---|---|---|
| Échauffement | Mode de pose, température, câbles regroupés | Pas de longueur : il tient ou il ne tient pas |
| Chute de tension à 5 % | Le courant réel et la longueur | Environ 30 m à 20 A, 60 m à 10 A, 200 m à 3 A |
| Court-circuit en bout de ligne | La courbe et le calibre du disjoncteur | Environ 100 m en B, 50 m en C, 25 m en D |
Calculs en cuivre, avec les valeurs de l’outil de chute de tension du site. Sections, calibres et limites de la série NF C 15-100 édition 2024, en vigueur depuis septembre 2025.
Regardez la dernière ligne avec celle du dessus. À 3 A, la chute de tension laisse aller à 200 m, alors qu’un disjoncteur 20 A en courbe C ne protège plus le câble au-delà de 50 m. Plus la charge est faible, plus c’est le court-circuit qui limite, et un abaque de chute de tension ne le dira jamais.
Un câble 3G2,5 de 200 m pour une charge fixe de 3 A passe donc la chute de tension, mais pas avec un C20. Un court-circuit au bout ne ferait passer qu’environ 48 A, loin des 200 A qu’il lui faut pour couper à coup sûr. Sur cette longueur, on descend à un B6 ou un C4. Pour garder du 20 A, il faut monter en section, environ 6 mm² en courbe B et 16 mm² en courbe C.
À titre indicatif, pour un portail de 3 A raccordé en fixe à 200 m, en courbe C : C4 en 2,5 mm², C6 en 4 mm² ou C10 en 6 mm². Au-dessus, le câble n’est plus protégé en bout de ligne. Le calcul sur la charge réelle ne vaut que pour un appareil raccordé en fixe, en boîte de dérivation : sur une prise, on ne sait pas ce qui sera branché, on compte le calibre. La notice du portail peut demander autre chose.
Le test du courant : ce que dit le tableau de la norme
Le tableau du logement, c’est le premier test déjà calculé pour vous. Il dit qu’on protège le 1,5 mm² en 16 A et le 2,5 mm² en 20 A, pour du cuivre posé de façon courante et des circuits types.
Il ne parle pas de distance. Il suppose une longueur ordinaire, celle d’une maison. Dès qu’un câble est regroupé avec d’autres, noyé dans un isolant ou enterré, il supporte moins de courant, et le raccourci du tableau ne suffit plus.
C’est aussi ce qui explique le faux calcul qu’on voit passer sur les forums : 63 A sur un mètre, le calculateur annonce 0,42 mm². Il a raison sur la chute de tension. Il n’a jamais regardé le courant.
Le test de la chute de tension : celui de la plupart des abaques
La norme limite la chute de tension à 3 % pour l’éclairage et 5 % pour les autres usages, du disjoncteur de branchement au point d’utilisation le plus éloigné, sur une installation raccordée au réseau public.
Ces pourcentages se comptent sur la tension nominale, 230 V, pas sur ce qu’on mesure à l’arrivée ce jour-là. En monophasé, 3 % font 6,9 V et 5 % font 11,5 V. C’est la perte permise dans le câble, entre le départ et le bout.
Un circuit en 2,5 mm² qui débite 20 A atteint 5 % vers 30 m. À 40 m, on est à 6,6 %, et il faut passer en 4 mm², sans changer le disjoncteur.
Le même circuit, sur un portail ou quelques lampes, n’a rien à voir. La longueur admise grimpe avec la baisse du courant. C’est le premier écart entre deux abaques, l’un prend le calibre du disjoncteur, l’autre la puissance réelle, et aucun des deux n’a tort.
Le test du court-circuit : celui qu’on oublie

Mon 5G25 entre dans ce cas. En triphasé avec neutre, 60 à 70 A sur 150 m donnent environ 4 % de chute, et l’abaque avait raison. Mais un 80 A en courbe C doit voir 800 A pour couper à coup sûr, et il ne protège le câble que sur 120 m environ. Il a fallu passer en courbe B, qui monte vers 240 m. Une courbe D serait tombée vers 60 m.
Le câble et la longueur n’ont pas bougé. Seule la courbe change.
Attention au réflexe inverse. Le disjoncteur saute au démarrage d’un appareil, on passe de la courbe B à la C, ça ne saute plus et on se dit que c’est réglé mais sur une ligne longue, on vient de diviser par deux la longueur protégée.
Plus un câble est long, plus sa résistance est grande, et moins un court-circuit à son extrémité fait monter le courant. Si ce courant reste sous le seuil magnétique du disjoncteur, celui-ci ne coupe pas tout de suite. Le câble chauffe pendant ce temps-là.
Le seuil dépend de la courbe : environ 3 à 5 fois le calibre en B, 5 à 10 fois en C, 10 à 20 fois en D. On prend le haut de la fourchette pour le calcul, parce que c’est là que le disjoncteur est sûr de couper.
Abaque section câble longueur : les 8 lignes à lire avant de commander
Un abaque sans ses hypothèses ne vaut pas grand-chose. Je regarde ces huit points avant d’y croire.
| À lire | Pourquoi ça change la réponse |
|---|---|
| Ce que l’abaque vérifie | Seulement la chute de tension, seulement l’échauffement, le court-circuit, ou les trois |
| Le pourcentage de chute | 60 A sur 58 m : 25 mm² suffit à 3 %, il faut du 50 mm² à 2 % |
| Le courant retenu | Calibre du disjoncteur ou charge réelle |
| Le point de départ | Depuis le compteur ou depuis le tableau, les chutes s’additionnent |
| La longueur | Celle du câble, de bout en bout. En monophasé, une formule sans facteur 2 annonce le double |
| Les hypothèses de calcul | Résistivité du cuivre, 230 ou 240 V, cos φ |
| Le câble | Cuivre ou aluminium, monophasé ou triphasé, mode de pose |
| La protection | Disjoncteur ou fusible, calibre, courbe |
Prenez le « 16 A : 14 m en 1,5 mm², 24 m en 2,5 mm² » qu’on trouve partout. Par le calcul, ça correspond à 3 % de chute, donc à de l’éclairage. Pour une prise à 5 %, on arrive plutôt à 23 m et 38 m. Ce chiffre n’est pas écrit sur le tableau, il faut le retrouver.
Autre écart courant, le tableau éloigné du disjoncteur de branchement. Sur cette liaison, la norme recommande 2 % s’il n’y a pas de tableau divisionnaire, 1 % s’il y en a un. Prendre un abaque à 3 %, c’est manger la marge du reste de l’installation.
Dans un logement, est-ce que ça vous concerne ?
Sur une maison ordinaire, rarement. Les circuits font quelques dizaines de mètres, et la section du tableau de la norme suffit.
Ça devient un vrai sujet dans trois cas : une dépendance au fond du terrain, un tableau divisionnaire éloigné, un circuit à forte charge qui traverse toute la maison. Là, on fait les trois tests, ou on les fait faire.
Passer à une section au-dessus sur une partie du parcours est possible, mais seulement avec un disjoncteur au point de changement, adapté au câble qui part derrière. En pratique, c’est le tableau de la dépendance qui joue ce rôle.
En tertiaire, c’est la même méthode, sans le raccourci du tableau. On part du bilan de puissance, du mode de pose et des facteurs de correction, et on cumule les chutes. C’est ce que fait une note de calcul, et c’est pour ça qu’elle a le dernier mot sur un abaque.
Le choix d’une ligne longue, d’un calibre et d’une courbe se valide avant de tirer le câble, pas après. Dans le Grand Est, une liaison vers une dépendance, je la passe à Decor’Home. Ailleurs, un électricien qualifié refera ce calcul complet.
Questions fréquentes
La longueur se compte-t-elle aller simple ou aller-retour ? On prend la longueur du câble, de bout en bout : 30 m de câble, c’est 30 m. Le retour par le neutre est déjà compté dans le facteur 2 du monophasé, il n’y a rien à doubler. Méfiez-vous seulement d’un calcul monophasé qui oublie ce 2, il annonce le double de la vraie longueur.
Peut-on faire 3 mètres en plus petit, puisque le calcul le permet ? Non, le calcul de chute de tension ne dit rien du courant. Une portion plus fine doit avoir sa propre protection, adaptée à sa section.
Deux tronçons de sections différentes, ça s’additionne ? Oui. On calcule la chute de chaque tronçon, puis on additionne, et le total reste sous 3 ou 5 %.
Une notice annonce 300 m en 1,5 mm², c’est faux ? Pas forcément, si l’appareil tire très peu et tolère une tension plus basse. Ça ne vaut que pour cet appareil, et le calcul du court-circuit reste à faire.
Ce qu’il faut retenir
- Un abaque section câble longueur répond à une seule question, il faut savoir laquelle avant de commander.
- Un câble doit passer trois tests : échauffement, chute de tension, court-circuit. Le plus sévère décide.
- En 2,5 mm² à 20 A, la chute atteint 5 % vers 30 m. À 3 A, elle laisse aller vers 200 m, mais un C20 ne protège plus le câble au-delà de 50 m.
- Plus la charge est faible, plus c’est le disjoncteur et sa courbe qui limitent la longueur.
- Entre deux abaques, regardez le pourcentage de chute et le courant retenu : c’est l’écart le plus fréquent.
- Une ligne longue se calcule avant de tirer le câble.
Pour aller plus loin
Les limites de chute de tension et les règles de protection des circuits se recoupent sur Promotelec.
- Le pouvoir de coupure d’un disjoncteur
- C’est quoi un circuit dédié ?
- Comment rallonger un fil électrique

