Remplacer une prise électrique, c’est un travail rapide quand il y a trois fils derrière. Quand on en trouve six, ça demande un peu plus de méfiance.
Oui, vous avez le droit de remplacer une prise électrique vous-même. La méthode tient en cinq gestes : couper le disjoncteur, vérifier l’absence de tension sur chaque fil, photographier le câblage, rebrancher chaque conducteur sur sa borne, tester. Ce qui pose problème, c’est rarement la prise neuve. C’est ce qu’on découvre dans la boîte en sortant l’ancienne.
Une prise qui ne marche plus après le remontage, un disjoncteur qui refuse de tenir : ces cas-là ont leur place dans la rubrique dépannage électrique.
A-t-on le droit de remplacer une prise électrique soi-même ?
Oui. La loi ne réserve pas les travaux électriques aux professionnels, et un particulier peut intervenir sur sa propre installation.
En contrepartie, la prise neuve doit respecter les règles d’aujourd’hui. La NF C 15-100 vise aussi les parties existantes que des travaux viennent toucher, et une prise remplacée en fait partie. La référence est l’édition 2024, appliquée depuis le 1er septembre 2025.
Côté assurance, le tournevis n’est pas le problème. C’est le montage non conforme, le jour où un sinistre part de là. Une prise remplacée dans les règles ne donne aucun argument à l’assureur. Un fil mal serré qui a chauffé, si.
Le matériel, et la bonne prise
- un vérificateur d’absence de tension (VAT). Un multimètre fait l’affaire si vous savez le régler et le lire. Un stylo testeur, non : il repère une phase, il ne prouve pas qu’il n’y a plus de tension ;
- des tournevis isolés, plat et cruciforme ;
- une pince à dénuder et une pince coupante ;
- la prise neuve, du même usage que l’ancienne.
Une prise de courant ordinaire, c’est une 16 A 2P+T, que la norme demande à obturateurs. La sortie de câble d’une plaque de cuisson est d’un autre calibre et ne se remplace jamais par une prise ordinaire.
Les bornes automatiques demandent un dénudage net, à la bonne longueur. Les bornes à vis acceptent mieux un vieux conducteur rigide un peu tordu. Et si l’ancienne prise tient par des griffes, prenez une prise à vis dès que la boîte a ses vis de fixation : les griffes ne sont admises qu’en rénovation, ponctuellement, quand la boîte ne peut pas être remplacée.
Couper, puis vérifier que c’est coupé
Au tableau, on abaisse le disjoncteur du circuit. Si le repérage est absent ou douteux, on coupe le général. C’est moins confortable, mais sans doute possible. Prévenez ou laissez un mot sur le tableau : ce disjoncteur ne doit pas remonter pendant que vous avez les mains dans la boîte.
Le VAT se vérifie avant. Ensuite, on teste la prise à remplacer, entre les trois contacts pris deux à deux, puis on revérifie le VAT. Un appareil qui aurait lâché entre-temps vous aurait affiché un faux zéro.
Ce premier contrôle ne suffit pas. Une fois la prise sortie du mur, on refait la mesure sur chaque fil présent dans la boîte. Une boîte de prise peut contenir des conducteurs qui viennent d’ailleurs, et ceux-là n’ont aucune raison d’être coupés par votre disjoncteur.
Un fil n’est hors tension que quand on l’a mesuré.
Démonter et photographier avant de toucher aux fils

On retire la plaque de finition, puis les deux vis de fixation, et on sort la prise doucement. Dans les vieilles boîtes, les fils sont souvent coupés court.

Avant de déconnecter quoi que ce soit, une photo nette du câblage, bornes visibles. S’il y a deux câbles, repérez-les avec un bout de ruban adhésif, pour ne pas mélanger leurs fils si l’un des deux n’est pas ce que vous croyiez.
Six fils derrière la prise : ce que ça veut dire
| Ce que vous trouvez | Ce que c’est le plus souvent | Ce qu’on fait |
|---|---|---|
| 3 fils : phase, neutre, vert-jaune | une prise alimentée seule, ou en bout de ligne | chaque fil sur sa borne |
| 2 fils, pas de vert-jaune | une installation sans terre | lire la section sur la terre |
| 6 fils en 2 câbles, avec vert-jaune | une arrivée et un départ vers la prise suivante | les fils de même couleur ensemble |
| 6 fils sans vert-jaune | une arrivée et deux départs en phase-neutre | même principe, même prudence |
| un câble nettement plus fin que l’autre | souvent un éclairage repiqué sur la prise | on s’arrête |

Dans la plupart des cas, six fils, c’est un repiquage. La prise est alimentée, et le circuit repart de chez elle vers la prise suivante. On remet ensemble les conducteurs de même fonction, phases avec phases, neutres avec neutres, terres avec terres. La notice dit si les bornes de la prise neuve acceptent deux fils. Sinon, on les regroupe dans un Wago et on repart vers la borne avec un seul conducteur.
Repères de terrain, pas une règle : seule la mesure dit ce qu’il y a vraiment dans la boîte.
Mais il y a toujours des surprises. J’ai déjà vu un éclairage en 1,5 mm² repiqué sur un circuit de prises. Si ce circuit est en 2,5 mm² sur un disjoncteur 20 A, le câble qui part vers la lampe est protégé par un calibre trop fort pour lui, puisque le 1,5 mm² se protège en 16 A au maximum. Sans compter qu’un point lumineux n’a rien à faire sur le circuit des prises.
Un 1,5 mm² se voit à l’œil à côté d’un 2,5 mm². Le calibre, lui, est écrit sur le disjoncteur que vous venez de couper.
Six fils, globalement, ça va. Mais on ne remplace pas une prise les yeux fermés : on contrôle d’abord ce qu’on a sous les doigts.
Rebrancher chaque fil sur sa borne

Le vert-jaune va sur la borne de terre, le bleu sur N, la phase sur L. La phase peut être de n’importe quelle autre couleur, le plus souvent rouge, marron ou noire. Dans une installation ancienne, les couleurs ne prouvent pas grand-chose. Fiez-vous à la photo et à la position des fils sur l’ancienne prise.
Sur une borne automatique, dénudez à la longueur du gabarit moulé au dos de la prise, enfoncez jusqu’en butée, puis tirez sur chaque fil. Il ne doit pas bouger, et aucun cuivre ne doit dépasser de la borne. Sur une borne à vis, serrez franchement. Un fil qui bouge sous sa vis finit par chauffer.
Si l’extrémité d’un fil est noircie, recoupez au propre tant que la longueur le permet. Un isolant cuit sur plusieurs centimètres, c’est autre chose : la prise a chauffé, et le problème est derrière elle. Quand il ne reste plus assez de longueur, on rallonge le fil dans la boîte avec un Wago, ou on s’arrête là.
La terre, le seul branchement qui ne pardonne pas
Mettez la phase sur la borne de terre, et c’est tout le conducteur de protection qui passe sous tension. Si votre tableau a des différentiels 30 mA, le différentiel tombe dès que vous remontez le disjoncteur : il vous signale l’erreur. Sans 30 mA, rien ne dit que ça coupera. La carcasse des appareils métalliques reliés à la terre peut alors se retrouver sous tension.
Une terre oubliée est plus sournoise : la prise fonctionne, et rien ne vous dit que la broche ne mène nulle part.
Reste le cas des deux fils sans vert-jaune. Poser une 2P+T sur un circuit sans terre, c’est afficher une protection qui n’existe pas. La vraie réponse, c’est d’amener la terre jusqu’à la prise, et ce n’est plus un simple remplacement de prise. En attendant, vérifiez au moins qu’un différentiel 30 mA protège ce circuit.
Remettre le courant et tester

On range les fils au fond de la boîte sans les écraser, on revisse la prise, on remet la plaque, et on remonte le disjoncteur. Le meilleur contrôle, c’est un testeur de prise enfichable. Ses trois voyants signalent une terre absente ou une phase et un neutre inversés. Une lampe confirme seulement que la prise est alimentée.

Si la prise était repiquée, testez aussi la suivante. C’est elle qui vous dira si le départ a été bien remonté.
Quand faut-il s’arrêter ?
On remet l’ancienne prise si elle est saine, ou on laisse le circuit coupé, et on fait venir un électricien qualifié quand :
- une paire de fils reste sous tension alors que le disjoncteur est baissé ;
- un câble plus fin sort de la boîte ;
- l’isolant est cuit, les bornes noircies, ou la boîte fendue et arrachée du mur au point que la prise neuve ne tiendrait pas ;
- il n’y a pas de terre, et vous voulez une vraie 2P+T.
Sortir un éclairage du circuit des prises ou tirer une terre jusqu’à une prise, c’est reprendre un circuit. Dans le Grand Est, c’est le genre de travaux que Decor’Home prend en charge. Ailleurs, n’importe quel électricien qualifié saura le faire.
FAQ
Peut-on remplacer une prise simple par une prise double ? Oui, mais chaque socle compte, y compris dans un bloc double. Un circuit en 1,5 mm² protégé en 16 A accepte 8 prises au maximum, un circuit en 2,5 mm² protégé en 20 A en accepte 12. Comptez celles du circuit avant de doubler.
Une prise qui a chauffé se remplace-t-elle comme une autre ? Oui, si la chauffe s’arrête à la prise, sur une borne desserrée par exemple. Si les fils ont cuit dans la boîte, c’est un autre chantier.
Ce qu’il faut retenir
- Un particulier a le droit de remplacer une prise électrique chez lui, à condition que la prise neuve respecte les règles d’aujourd’hui.
- Disjoncteur baissé, puis absence de tension prouvée au VAT, sur la prise puis sur chaque fil de la boîte.
- Six fils, c’est le plus souvent un repiquage.
- Un câble plus fin repiqué sur la prise, un fil encore sous tension après coupure, un isolant cuit : dans ces trois cas, on s’arrête et on appelle.
- Après remontage, un testeur de prise enfichable contrôle la terre, sur cette prise et sur la suivante si elle est repiquée.
Pour aller plus loin
Les règles sur les prises de courant, des obturateurs au nombre de socles par circuit, se recoupent sur Promotelec.
- Comment tester une prise électrique
- Installation électrique vétuste : comment la reconnaître
- C’est quoi la phase, le neutre et la terre ?

