Sur une maison neuve, quand la tranchée des réseaux est encore ouverte, j’ai une habitude : je plante le piquet au fond, et je laisse un ou deux mètres de câblette nue couchés dans la tranchée avant de remonter vers la maison. C’est la réponse la plus concrète que je connaisse à la question « où planter un piquet de terre », et elle dit déjà l’essentiel : on cherche la bonne terre, pas le chemin le plus court.
Pour une bonne prise de terre, un piquet se plante en pleine terre naturelle, à 2 mètres de profondeur minimum, dans une zone qui reste humide le plus possible, à l’écart des gravats de remblai qui entourent les fondations. S’il en faut plusieurs, on les écarte d’au moins leur longueur.
Ici, je parle de réaliser la prise de terre : l’emplacement, la profondeur, l’écartement. Savoir ce qu’elle vaut une fois posée, c’est une autre étape, celle de la vérification de la mise à la terre.
Les autres bases à connaître sur la terre sont rassemblées dans le cluster terre. Et pour en savoir plus sur l’électricité c’est juste ici => Comprendre l’électricité
Pourquoi 2 mètres, et pas 1 ?
Parce que la surface du sol bouge. L’été, elle sèche. L’hiver, elle gèle. Et une terre sèche ou gelée conduit mal.
La profondeur des piquets est fixée à 2 mètres minimum, justement pour échapper au gel et à la sécheresse : à 1 mètre de profondeur, la résistance d’une prise de terre peut varier du simple au triple entre un hiver humide et un été sec.
Un piquet d’un mètre, c’est donc une prise de terre qui marche en avril et qui décroche en août.
Les piquets de 1 m qu’on trouve en magasin ne sont pas inutiles pour autant : les modèles filetés se manchonnent bout à bout pour descendre plus bas. Sur un terrain rocheux où rien ne passe, on bascule sur une tranchée horizontale, avec un conducteur enterré à environ 1 m de profondeur. Et on rebouche avec de la terre, pas avec des cailloux ni du mâchefer.
Où planter un piquet de terre autour de la maison ?
Sur la distance au mur, on lit tout et son contraire. Certains électriciens donnent 50 cm ou au moins 1 m des fondations. Personne n’explique pourquoi.

Ces deux chiffres sont des pratiques de terrain. Et ils se comprennent très bien quand on sait ce qu’il y a au pied d’une maison :
- du remblai : gravats, cailloux, restes de chantier rebouchés après les fondations ;
- souvent un drain périphérique, dont le travail est justement d’assécher la terre ;
- le débord de toit, qui abrite le sol de la pluie ;
- la semelle de fondation, qui dépasse du mur et sur laquelle le piquet peut venir buter.
Tout ça fait une terre sèche et hétérogène, exactement ce qu’on veut éviter. Les 50 cm, c’est un compromis pour garder un cheminement court vers la maison. Le mètre, c’est pour sortir du remblai.
Ma méthode est simple : je creuse l’emplacement du regard, et je regarde ce qui sort. Si je remonte des gravats, je m’éloigne. Si je tombe sur de la terre naturelle, je plante.
Côté nord, près d’une gouttière : oui, mais
Le conseil revient partout : chercher un coin ombragé, côté nord, ou près d’une descente de gouttière. Sur le principe, c’est juste, la terre y reste humide plus longtemps.
Ce qu’on oublie de dire, c’est qu’une descente de gouttière est souvent raccordée à un réseau enterré d’eaux pluviales, avec un regard juste à côté. Planter un piquet de 2 m à cet endroit, c’est risquer de percer un tuyau. Avant de planter où que ce soit, il faut repérer les réseaux enterrés : eau, gaz, électricité, télécom, évacuations.
Autre piège : la future terrasse ou l’allée. Un piquet sous une dalle, c’est un regard qu’on ne rouvrira jamais.
Deux piquets à 10 cm l’un de l’autre, ça ne sert à rien
On entend souvent qu’on peut planter deux piquets à 10 cm l’un de l’autre, et que seul le nombre compte. C’est faux.

Un piquet ne disperse pas le courant dans un point, mais dans un volume de terre autour de lui. Deux piquets collés travaillent dans le même volume. Résultat, ils se comportent presque comme un seul piquet un peu plus gros, et la résistance ne baisse quasiment pas.
Écartés, chacun a sa propre terre à exploiter. Là, le deuxième piquet apporte vraiment quelque chose.
L’écart minimum, c’est leur longueur. Deux piquets de 2 m, c’est donc 2 m entre eux au minimum. Sur le terrain, quand la place le permet, je recommande 2 à 3 fois la profondeur d’un piquet.
Les piquets se relient entre eux. Pour cette liaison du 16 mm² en cuivre isolé ou du 25 mm² en cuivre nu.
| Point | Valeur |
|---|---|
| Profondeur d’un piquet | 2 m minimum |
| Écart entre deux piquets | au moins leur longueur |
| Écart recommandé | 2 à 3 fois la profondeur |
| Tranchée horizontale | environ 1 m de profondeur |
| Distance au mur | aucune valeur normative trouvée |
Le piquet dans la cave, c’est possible ?
C’est la question qui revient sans cesse : 20 m de fil pour atteindre le jardin ? ou la cave pour faire court ?
Si la maison a une cave, la prise de terre peut y être réalisée. Avec une dalle béton, il faut la percer pour atteindre la terre et y enfoncer le piquet. Relier l’armature de la dalle à la prise de terre améliore aussi sa résistance.
Mon avis : la cave, c’est une bonne idée quand le sol y est humide en permanence. Il est alors à l’abri du gel, et c’est un avantage. Mais la terre sous une maison ne reçoit jamais la pluie. Dans une cave sèche, le piquet risque de donner une mauvaise valeur, même planté à 2 m. Il faut mesurer : un contrôleur de terre branché sur une prise donne une première valeur sans sortir le telluromètre.
Les 20 m de câble ne sont pas un problème en soi. On choisit d’abord la terre, ensuite le chemin. Et c’est la mesure qui tranche.
La boucle à fond de fouille : maintenant ou jamais
La boucle, c’est un conducteur nu qui fait le tour du bâtiment au fond des tranchées de fondation. Elle doit être posée avant les fondations. Une fois la maison construite, c’est fini, on passe au piquet.
Elle donne une meilleure valeur qu’un simple piquet. C’est un conducteur en cuivre nu de 25 mm² ou en acier galvanisé de 95 mm².
Est-elle obligatoire ? Pas partout, pour les maisons individuelles, la prise de terre peut être réalisée autrement, par exemple avec un feuillard ou un câble noyé dans le béton de propreté. Dans les faits, en maison individuelle, c’est surtout le piquet qu’on rencontre. La boucle, on la voit plutôt en collectif et en tertiaire.
Pour le feuillard, j’utilise du 30 × 2 cuivre. Attention au matériau : les minimums ne sont pas les mêmes en cuivre et en acier galvanisé, qui demande une section et une épaisseur plus fortes.
Dans la terre ou dans le béton ?
Sur ce point, la confusion vient du fait qu’on mélange deux bétons.
Le béton de propreté, celui qu’on coule au fond de la fouille, est admis par la norme pour noyer le conducteur. Ce qu’il faut éviter, c’est le contact avec les armatures du béton armé. Ni la boucle, ni les conducteurs qui remontent vers la borne de terre ne doivent toucher les armatures. Elles se raccordent à part, directement à la borne principale de terre.
En pratique : conducteur posé en périphérie extérieure, au fond de la fouille, jamais ligaturé au ferraillage. Et une longueur qui remonte jusqu’à la barrette de mesure, protégée pour que personne ne la coupe pendant le chantier.
Le regard de visite, je le pose toujours
Les piquets doivent rester accessibles par un regard de visite dans l’idéal, mais pas toujours techniquement possible donc sur ce point le sujet reste flou.
Dans tous les cas, je le mets. Le jour où il faut refaire une mesure, on voit le piquet et l’état de la connexion en dix secondes. Une cosse oxydée sous 30 cm de terre, personne ne la trouve.
Côté tableau, la barrette de mesure fait partie de la prise de terre. C’est elle qui permet de déconnecter la prise de terre du reste de l’installation pour mesurer sa résistance.
Article à jour de la série NF C 15-100 édition 2024, référence applicable depuis le 1er septembre 2025.
Les questions qu’on me pose sur l’emplacement
Quelle distance entre le piquet de terre et le tableau électrique ?
Ce qui compte, c’est le conducteur de terre : du cuivre nu 25 mm² quand il est enterré nu, ou du cuivre isolé de section adaptée (16 mm² cuivre isolé)
Peut-on planter le piquet de terre sous une terrasse ?
Techniquement, rien ne l’empêche si la terre dessous est bonne. Mais le regard devient inaccessible, et une terre sous dalle ne reçoit plus d’eau. Je l’évite.
Peut-on faire sa prise de terre soi-même ?
Un particulier peut intervenir chez lui, sous sa propre responsabilité. Disjoncteur de branchement coupé et consigné avant toute manipulation. La NF C 15-100 reste une norme technique, et la conformité d’une installation relève du Consuel ou d’un professionnel. En cas de doute, faites appel à un électricien qualifié. Dans le Grand Est, c’est vers Decor’Home que j’oriente les demandes de travaux.
Ce qu’il faut retenir
- Pour savoir où planter un piquet de terre, on cherche une terre naturelle et humide, pas le chemin le plus court.
- 2 m de profondeur minimum, pour passer sous le gel et la sécheresse.
- Pas de distance au mur imposée : on s’éloigne tant qu’on remonte du remblai.
- Deux piquets s’écartent d’au moins leur longueur, sinon le deuxième ne sert presque à rien.
- Repérer les réseaux enterrés avant de planter, surtout près d’une gouttière.
- En neuf, la boucle à fond de fouille se décide avant les fondations, et ne touche jamais les armatures.
Une fois le piquet posé, reste à savoir ce qu’il vaut vraiment : c’est tout l’objet de la vérification de la mise à la terre, avec une vraie mesure de résistance.
Pour aller plus loin
Les exigences sur la prise de terre et la mise à la terre sont détaillées sur le site de Promotelec.
- Ce qu’on risque vraiment avec une installation électrique sans terre
- Que faire quand on relève une tension sur le conducteur de terre
- Les signes d’une installation électrique vétuste

