« Les plombs ont sauté. » L’expression vient des vieux fusibles à fil de plomb, elle a survécu à tous les tableaux, et elle désigne toujours la même chose : une cartouche fondue.
Pourquoi un fusible saute ? Presque toujours pour l’une des deux raisons. Un court-circuit, il fond à la seconde où vous remettez le courant. Ou une surcharge, il tient quelques minutes avant de lâcher. On cherche la cause avant de remettre une cartouche, et on remet le calibre que le fil supporte, jamais plus.
J’ai déjà vu des fusibles surdimensionnés, posés exprès pour qu’ils arrêtent de sauter. Ça marche, ils ne sautent plus mais c’est le câble qui prend le relais, et lui chauffe dans le mur dans le meilleure cas.
Les autres coupures qu’on règle au tableau, du disjoncteur qui retombe à la pièce restée sans courant, sont rangées dans la rubrique dépannage électrique.
Pourquoi un fusible saute : le moment où il lâche donne la piste
Le moment exact où le fusible fond dit presque toujours ce qui se passe derrière. Avant de toucher au tableau, notez-le.
| Quand il saute | Cause probable | Ce qu’on fait |
|---|---|---|
| Dès la remise du courant, appareils débranchés | Court-circuit dans le câblage fixe | Pas de nouvelle cartouche, on cherche le défaut ou on appelle un électricien |
| Quand on allume un appareil précis | Appareil en défaut, ou appel de courant au démarrage | Tester l’appareil sur un autre circuit |
| Après quelques minutes ou quelques heures | Surcharge du circuit | Répartir les appareils |
| Toujours le même, sans grosse consommation | Mauvais contact dans le porte-fusible | Regarder le socle avant la cartouche |
| La nuit, au passage en heures creuses | Circuit du chauffe-eau | Faire contrôler la résistance et le départ |
Le court-circuit : il fond tout de suite
Un fusible qui fond à l’instant même où l’on remet le courant signale un court-circuit. La phase et le neutre se touchent quelque part, le courant grimpe à des dizaines de fois le calibre, et le fil de la cartouche se vaporise.
Si ça recommence alors que tout est débranché sur le circuit, l’appareil n’y est pour rien. Le défaut est dans le câblage fixe : une vis ou un clou dans une gaine après des travaux, une connexion qui a lâché dans une boîte de dérivation, une douille, une prise.
On ne remet pas une deuxième cartouche « pour voir ». Chaque essai envoie un nouveau court-circuit dans un défaut qui a peut-être déjà noirci un isolant. Trouver un court-circuit se fait hors tension, à la mesure, en découpant le circuit tronçon par tronçon. C’est le moment de passer la main.
La surcharge : il tient, puis il lâche
Une surcharge, c’est un circuit à qui l’on demande plus que son calibre. Sur un vieux tableau, un fusible alimente souvent une pièce entière, parfois prises et lumière ensemble. Un radiateur d’appoint, une bouilloire et un sèche-cheveux sur le même départ, et le fil de la cartouche chauffe doucement jusqu’à fondre.
La solution n’est pas dans le tableau. On répartit les gros appareils sur plusieurs circuits, et si ce n’est pas possible, c’est qu’il manque un circuit.
Une cartouche qui a longtemps travaillé près de sa limite vieillit aussi. Elle peut finir par fondre sous une charge qu’elle supportait très bien avant. Si le fusible saute une fois sans surcharge évidente et tient ensuite des mois, c’est souvent ça.
Il saute à l’allumage d’un appareil
Certains appareils tirent un pic de courant très bref au démarrage : moteurs (aspirateur, compresseur de frigo), transformateurs, alimentations de PC et d’écrans. Plusieurs blocs d’alimentation sur une multiprise à interrupteur, et c’est tout le pic qui arrive d’un coup au moment où vous appuyez.
Sur un fusible de petit calibre déjà bien chargé, ce pic suffit à le faire lâcher, même si la consommation normale est modeste. Allumez les appareils un par un plutôt que d’un seul interrupteur. Si un seul appareil fait sauter le fusible à chaque fois, branchez-le sur un autre circuit : s’il fait sauter celui-là aussi, c’est lui.
Toujours le même fusible, sans raison apparente
Quand c’est toujours la même cartouche qui fond, sans surcharge, on regarde le porte-fusible avant le fusible. Une pince détendue, un contact oxydé ou une vis desserrée derrière le socle chauffent au passage du courant. Cette chaleur passe dans la cartouche, qui fond sous un courant parfaitement normal.
Les signes se voient : socle bruni, plastique ou porcelaine marqué, embouts de cartouche décolorés, parfois une odeur de chaud. Changer la cartouche n’y fera rien, la suivante cuira au même endroit.
Un socle noirci ne se remplace pas comme une cartouche. C’est une reprise de tableau, et dans le Grand Est c’est le genre d’intervention que je confie à Decor’Home.
Repérer et changer un fusible sans se mettre en danger
- Coupez l’interrupteur général du tableau, ou le disjoncteur de branchement, avant de sortir quoi que ce soit. Sur beaucoup de vieux tableaux, le socle reste sous tension quand on retire la poignée. Prévenez la maison pour que personne ne remette le courant pendant que vous avez les mains dedans.
- Trouvez la cartouche fondue. Sur les modèles à témoin, le voyant a changé d’aspect. Une cartouche en verre montre un filament coupé ou noirci. Sinon, cartouche sortie, un test de continuité au multimètre tranche : pas de bip, elle est fondue.
- Lisez le calibre écrit dessus, puis vérifiez qu’il correspond au fil (tableau plus bas). Si vous ne pouvez pas identifier la section du fil, arrêtez-vous là.
- Débranchez tout sur le circuit, mettez une cartouche neuve du bon calibre, remettez le courant.
- Rebranchez les appareils un par un. Celui qui fait sauter la cartouche est votre suspect.
Si la cartouche neuve fond à l’étape 4, circuit vide, on revient au court-circuit, et on ne recommence pas.
Le bon calibre : celui du fil, pas celui de la cartouche d’avant

« Remplacez par un fusible identique. » Le conseil est partout, et il n’est juste qu’à moitié. Si quelqu’un a surdimensionné le fusible avant vous, un fusible identique reproduit l’erreur.
Le fusible protège le fil. Son calibre se choisit d’après la section du conducteur qu’il alimente, jamais d’après l’appareil ni d’après l’ancienne cartouche.
| Section du fil | Fusible maximal | Disjoncteur maximal, pour comparer |
|---|---|---|
| Ancien fil de 12/10 mm | interdit | 10 A |
| 1,5 mm² | 10 A | 16 A |
| 2,5 mm² | 16 A | 20 A |
| 4 mm² | 20 A | 25 A |
| 6 mm² | 32 A | 32 A |
Ces calibres valent pour une installation existante. Garder ses fusibles sur une installation existante est admis, à condition que chaque cartouche corresponde à son fil. En neuf comme en rénovation lourde, c’est l’inverse : la série NF C 15-100 édition 2024, appliquée depuis septembre 2025, demande un disjoncteur sur chaque circuit, et le coupe-circuit à fusible n’y a plus sa place.
Le fusible se prend un cran sous le disjoncteur parce qu’à calibre égal, il laisse passer une surcharge plus longtemps avant de fondre. Pour protéger le même fil, il doit donc partir plus bas.
Les cartouches domestiques n’ont pas la même taille selon leur calibre. Un 10 A mesure 8,5 × 23 mm, un 16 A 10,3 × 25,8 mm. Le socle est fait pour refuser un calibre plus fort. Pour monter, il faut forcer : changer le socle, caler la cartouche, ou remplacer le fil fusible par un bout de cuivre. Tous ces bricolages finissent pareil, avec un fusible surdimensionné qui ne protège plus le fil et l’installation.
Le fusible ne protège pas les personnes
Le fusible surveille la surintensité dans le fil. Un courant qui traverse un corps se compte en dizaines de milliampères : il ne fera jamais fondre une cartouche de 10 A.
Même un fil de phase qui touche une masse reliée à la terre ne fait pas toujours fondre la cartouche. Dans une maison, le courant de défaut repasse par la prise de terre et reste souvent de quelques ampères seulement. Sans différentiel, rien ne coupe, et la carcasse de l’appareil reste sous tension.
La plupart des tableaux à fusibles n’ont aucun différentiel 30 mA. C’est lui qui protège les personnes, et c’est le premier ajout à faire, avant même de se demander s’il faut changer tout le tableau.
Questions fréquentes
Comment savoir si un fusible est grillé sans testeur ? Regardez le témoin ou le filament s’il est visible. Sinon, courant général coupé, échangez la cartouche avec une cartouche du même calibre qui fonctionne sur un autre circuit. Si le circuit revient, la première était fondue.
Un fusible peut-il sauter sans raison ? Non. Mais la raison n’est pas toujours une surcharge : un contact qui chauffe dans le socle, une cartouche fatiguée ou un pic au démarrage d’un appareil suffisent.
Le fusible qui a sauté est dans le coffret du compteur, que faire ? Tout ce qui se trouve avant le disjoncteur de branchement fait partie du réseau public, compteur compris : c’est Enedis qui l’exploite et le dépanne. On n’ouvre rien, on appelle le dépannage Enedis.
Ce qu’il faut retenir
- Pourquoi un fusible saute : un court-circuit s’il fond tout de suite, une surcharge s’il tient puis lâche.
- Si la cartouche neuve fond encore avec tout débranché, le défaut est dans le câblage et on arrête les essais.
- Quand c’est toujours le même fusible qui fond, on regarde le porte-fusible avant la cartouche.
- Le calibre se lit sur la section du fil, pas sur l’ancienne cartouche. Un fusible se prend un cran sous le disjoncteur équivalent.
- Un fusible trop gros ne saute plus. Le fil chauffe à sa place.
- Le fusible ne protège pas les personnes. Sans différentiel 30 mA, une fuite de courant ne coupe rien, et c’est le premier ajout à faire sur un vieux tableau.
Pour aller plus loin
Les calibres admis sur une installation existante se recoupent sur Promotelec.
- Quand c’est le disjoncteur qui saute
- Plus de courant dans une pièce alors que rien n’a sauté
- Installation électrique vétuste : les signes à repérer

