installer borne recharge soi-même

Installer une borne de recharge chez soi : peut-on le faire soi-même ?

Non ! Enfin.. ça dépend de ce que vous installez. Pour une prise renforcée 3,7 kW, la loi ne vous impose pas de faire appel à un pro qualifié. Pour une wallbox, si. Mais dans les deux cas, si vous bricolez quelque chose et que ça tourne mal, vous vous retrouvez seul face aux dégâts. C’est ça qu’il faut comprendre avant de sortir la perceuse.


Il n’y a pas « une » borne à proprement parler, il y a plusieurs modes de charge

« Borne de recharge » recouvre des réalités très différentes. En France, on distingue trois modes principaux :

ModePuissanceSupportUsage
Mode 1~2,3 kWPrise 10A standardInterdit pour les VE
Mode 23,7 kWPrise renforcée (Green’Up, 16A)Dépannage, usage occasionnel
Mode 37,4 kW (mono) ou 11 et 22 kW (tri)Wallbox dédiéeUsage quotidien recommandé

La prise domestique standard (mode 1), c’est la première idée qui vient. Brancher le VE dessus pour la nuit, ça revient à faire tourner un appareil de 2 300 W pendant 8 à 10 heures d’affilée sur un circuit pas prévu pour ça. Des incendies se sont produits exactement pour cette raison. C’est interdit par la réglementation depuis 2017 pour un usage régulier.

La prise renforcée (mode 2, 3,7 kW) est un compromis acceptable pour un usage occasionnel — dépannage, résidence secondaire. Pas pour recharger tous les soirs.
À noter : seule la wallbox (mode 3) est techniquement une IRVE — Infrastructure de Recharge pour Véhicules Électriques — au sens de la loi. La prise renforcée mode 2, c’est juste une prise spécialisée sur un circuit dédié. C’est précisément pour ça que le décret trace la limite à 3,7 kW : en dessous, ce n’est pas une IRVE. Au-dessus, ça l’est et c’est là que la qualification devient obligatoire.

La wallbox 7,4 kW (mode 3) est la référence pour un particulier avec une voiture électrique. Beaucoup de véhicules modernes acceptent du 11 kW ou voire même du 22 kW en triphasé pour la Renault Zoé par exemple. Mais pour avoir du 11/22 kW chez soi, encore faut-il être alimenté en triphasé — et c’est loin d’être systématique en maison individuelle. La majorité des logements sont en monophasé, ce qui plafonne à 7,4 kW quoi qu’il arrive. Passer en triphasé implique une demande de changement de branchement auprès d’Enedis, avec un coût et des contraintes réseau qui ne sont pas toujours surmontables.


Ce que la norme exige techniquement

L’installation d’une borne est encadrée par la NF C 15-100-7-722. Les exigences varient selon le mode de charge.

Pour une prise renforcée (mode 2) :

  • Circuit dédié, disjoncteur 20A, section 2,5 mm²
  • Différentiel 30 mA type A ou type F

Pour une wallbox (mode 3 monophasé) :

  • Circuit dédié, disjoncteur 40A Maximum, section 10 mm² minimum — voire plus selon la longueur et la méthode de pose. J’explique la logique dans l’article sur comment choisir la section de câble.
  • Différentiel 30 mA type A ou type F + dispositif de détection 6 mA

Ce dernier point mérite qu’on s’y arrête. Les chargeurs de VE génèrent des courants continus résiduels qui peuvent saturer un différentiel classique et le rendre aveugle à un défaut. Le dispositif de détection 6 mA est là pour capter précisément ces courants-là. Bonne nouvelle : sur beaucoup de wallbox modernes, ce dispositif est directement intégré à la borne. Dans ce cas, le différentiel 30 mA type A ou F au tableau suffit. Mais si la borne ne l’intègre pas, il faut ajouter ce dispositif séparément. La première chose à faire avant de câbler : lire la fiche technique de la borne.

Pour une wallbox triphasé (mode 3 triphasé) :

  • Même logique : Différentiel 30 mA type A ou type F + dispositif de détection 6 mA si non intégrée à la borne
  • Ou alternative : un différentiel type B, qui intègre la détection des défauts AC et DC en un seul appareil — plus simple, mais plus coûteux

Attention : le différentiel en tête de ligne ne suffit pas. La norme est explicite là-dessus : le différentiel qui protège le point de recharge doit être strictement dédié. Il ne peut pas être partagé avec d’autres circuits, même si c’est un type A 30 mA. Si votre lave-linge passe sous le même différentiel que la borne, vous n’êtes pas conformes.


Un départ 32A sur une installation domestique, c’est pas rien

C’est un point qu’on sous-estime souvent. Un abonnement classique à 9 kVA, c’est environ 39A disponibles en tout. Vous ajoutez un départ 32A pour la wallbox, il reste 7A pour tout le reste de la maison. Chauffe-eau, four, plaques à induction — le disjoncteur de branchement va sauter à la première occasion.

C’est justement pour ça qu’un installateur qualifié ne pose pas juste un câble. Il fait un vrai travail de dimensionnement :

  • Quelle est la puissance souscrite ? 6, 9, 12 kVA ?
  • Faut-il monter l’abonnement auprès d’Enedis avant même de poser la borne ?
  • Faut-il installer un délesteur — un dispositif qui coupe automatiquement la charge du VE quand la consommation globale approche la limite ?
  • Le tableau peut-il physiquement accueillir un départ supplémentaire ?

Ce n’est pas une formalité administrative. C’est une intervention qui touche à l’ensemble de l’installation.


Ce que dit vraiment la loi selon ce que vous installez

C’est là que beaucoup de gens mélangent tout.

Pour une prise renforcée mode 2 (≤ 3,7 kW) en logement privé : le décret n° 2017-26 prévoit explicitement une exception — pas d’obligation de faire appel à un installateur qualifié IRVE. Un électricien classique peut faire le travail, voire un particulier qui s’y connaît, à condition que l’installation respecte la NF C 15-100 : circuit dédié, bon différentiel, bonne section. La norme s’applique, même si le décret n’impose pas de faire appel à un installateur qualifié IRVE.

Pour une wallbox mode 3 (> 3,7 kW) : pas d’exception. Le décret impose un professionnel qualifié IRVE — QUALIFELEC IRVE, RGE IRVE ou équivalent. C’est une obligation légale réelle.

Dans les deux cas, personne ne vient vérifier chez vous spontanément. Mais la nuance entre les deux est importante : pour le mode 2, vous êtes dans une zone grise légale. Pour le mode 3, vous êtes clairement hors cadre si vous faites vous-même.


Ce qui se passe quand ça ne se passe pas bien

En cas de sinistre, l’expert d’assurance va regarder la conformité de l’installation. Si la borne n’est pas conforme à la NF C 15-100, ou si une wallbox de plus de 3,7 kW a été posée sans installateur qualifié IRVE comme l’exige le décret, il a de quoi refuser ou réduire l’indemnisation. C’est la non-conformité et le non-respect du décret qui coincent, pas une simple histoire de papier.

À ce moment-là, votre assureur a tous les arguments légaux pour refuser la prise en charge — ou pour l’amputer significativement. C’est une clause standard dans la plupart des contrats habitation : tout sinistre lié à une installation non conforme peut être contesté.

La question se pose également pour l’installation de panneaux solaires soi-même.

En résumé : vous pouvez physiquement faire l’installation vous-même. Mais si quelque chose déraille, vous portez seul l’intégralité du risque, sans recours possible. C’est la même logique qu’une installation sans mise à la terre : ça fonctionne jusqu’au jour où ça ne fonctionne plus !


Et les aides financières ?

C’est un point qui coince même pour le mode 2. Le programme Advenir finance une partie de l’installation — mais uniquement si elle est réalisée par un installateur qualifié IRVE, y compris pour une prise renforcée 3,7 kW. Pas de qualification IRVE, pas de prime.

Même chose pour la TVA à 5,5 % : conditionnée à une facture d’un professionnel qualifié.

Donc même sur le mode 2 où la loi ne vous oblige pas à prendre un pro qualifié IRVE, vous perdez les aides si vous ne le faites pas. Le calcul « je fais moi-même pour économiser » est rarement aussi intéressant qu’il n’y paraît.


FAQ

Faut-il un électricien pour installer une borne de recharge ?
Ça dépend de la puissance. Pour une prise renforcée jusqu’à 3,7 kW, la loi n’impose pas d’installateur qualifié IRVE, mais la NF C 15-100 s’applique quand même. Au-dessus de 3,7 kW, donc pour toute wallbox, un professionnel qualifié IRVE est obligatoire selon le décret 2017-26.

Quel disjoncteur et quelle section pour une wallbox 7,4 kW ?
Un circuit dédié, un disjoncteur 40 A et une section de 10 mm² minimum, parfois plus selon la longueur et la méthode de pose. Côté différentiel, du 30 mA type A ou F, plus un dispositif de détection 6 mA, souvent déjà intégré à la borne. Lisez la fiche technique avant de câbler.

Peut-on recharger sa voiture sur une prise de courant classique ?
En dépannage absolu à la rigueur, jamais en usage régulier. Une recharge standard fait tourner 2 300 W pendant des heures sur un circuit qui n’est pas prévu pour ça, et des incendies sont partis exactement de là. C’est interdit pour un usage régulier depuis 2017. Le minimum sérieux, c’est une prise renforcée.

Installer une borne soi-même peut-il poser problème avec l’assurance ?
Oui. En cas de sinistre, si l’installation n’est pas conforme à la NF C 15-100, ou si une wallbox a été posée sans installateur IRVE, l’assureur a de quoi refuser ou réduire l’indemnisation. Vous portez seul le risque.

Une prise renforcée 3,7 kW donne-t-elle droit aux aides ?
Seulement si elle est posée par un installateur qualifié IRVE. Le programme Advenir et la TVA à 5,5 % sont conditionnés à cette qualification, même pour le mode 2. En la posant vous-même, c’est légal, mais vous perdez les aides.

À jour de la NF C 15-100 édition 2024 (applicable depuis septembre 2025), du décret n° 2017-26 relatif aux IRVE et des aides en vigueur en juin 2026. Les montants et conditions d’aide évoluent régulièrement, vérifiez avant de lancer les travaux.

Ce qu’il faut retenir

  • Mode 2 (≤ 3,7 kW) : pas d’obligation IRVE par le décret en logement privé — mais la NF C 15-100 s’applique quand même, et les aides sont perdues sans installateur qualifié.
  • Mode 3 (> 3,7 kW) : installateur qualifié IRVE obligatoire selon le décret 2017-26 — c’est la loi, même si personne ne contrôle spontanément.
  • La chaîne bloquante en cas de sinistre : assurance → CONSUEL → installation conforme. Tout remonte à la surface en même temps le jour où ça déraille.
  • Mode 2 : différentiel 30 mA type A ou type F. Mode 3 : type A ou type F + dispositif de détection 6 mA — souvent intégré à la borne, à vérifier sur la fiche technique avant de câbler.
  • Un départ 32A sur un abonnement 9 kVA, ça ne laisse plus grand-chose pour le reste — le dimensionnement est une vraie question technique, pas une formalité.
  • Les aides (Advenir, TVA 5,5 %) sont perdues dans tous les cas si vous faites vous-même.

Pour aller plus loin :

Pour la réglementation complète : Promotelec

Retour en haut