Comment vérifier sa mise à la terre

Comment vérifier sa mise à la terre : du visuel à la mesure

J’ai vu quelqu’un tester la continuité d’une installation entière, prise par prise, et annoncer que tout était nickel. Il avait raison sur ce qu’il mesurait : le vert-jaune était continu partout, jusqu’au bornier du tableau. Sauf que derrière ce bornier, il n’y avait rien. Aucune prise de terre. Tout ce réseau impeccable ne descendait nulle part.

Une vérification qui ne mesure pas la bonne chose ne vaut rien. Vérifier sa terre se fait à trois niveaux : ce qu’on voit sans rien démonter, ce qu’un multimètre confirme, et ce que seul un appareil de professionnel peut mesurer. Les trois répondent à des questions différentes, et réussir le premier ne dit rien des deux autres.

Si vous n’êtes pas au clair sur ce qu’est la mise à la terre et pourquoi elle protège, commencez par à quoi sert la mise à la terre.

Vérifier sans matériel : ce qu’on peut voir

Trois contrôles visuels, à la portée de tout le monde, sans rien démonter.

Regardez vos prises. Une prise reliée à la terre a une broche métallique qui dépasse, ou deux contacts latéraux selon le modèle. Si vos prises sont des modèles anciens à deux trous sans aucun contact de terre, la réponse est déjà claire pour ces circuits. Au passage, la position de la broche, en haut ou en bas, n’a rien à voir avec la présence d’une terre.

Regardez votre tableau. Cherchez un bornier où arrivent tous les fils vert et jaune, et surtout un conducteur de forte section, souvent en cuivre nu, qui part vers l’extérieur ou vers le sol. S’il n’y a aucun vert-jaune dans le tableau, il n’y a pas de terre.

Cherchez la barrette de coupure. C’est une petite pièce métallique démontable à l’outil, placée près du tableau, qui permet d’isoler la prise de terre pour la mesurer. Sa présence est un bon signe. Dessous, un conducteur descend vers le piquet ou la boucle.

Le piège, c’est le cas le plus courant en rénovation : le fil vert-jaune est présent dans toutes les prises, bien raccordé, et il ne va nulle part. Visuellement tout va bien. Électriquement, il n’y a pas de terre. C’est précisément ce qui s’était passé sur le chantier dont je parlais plus haut, et c’est pour ça que le contrôle visuel ne suffit jamais à conclure.

Comment savoir si la mise à la terre est bonne ?

« Bonne » recouvre trois conditions, et il faut les vérifier dans l’ordre.

Elle est présente. Il existe une broche de terre à la prise, et un vert-jaune raccordé derrière. Le contrôle visuel l’établit en partie, et une mesure au multimètre ou un testeur enfichable le confirment en quelques secondes, la méthode complète est dans comment tester une prise électrique. Retenez surtout ce que ces outils ne font pas : ils détectent une terre absente, ils ne disent rien de sa qualité. Détection, pas mesure.

Elle est continue. Le vert-jaune va bien de la prise jusqu’au bornier, et du bornier jusqu’à la prise de terre. C’est une vérification de câblage, elle se fait au multimètre.

Elle est efficace. Le contact avec le sol est assez bon pour que la protection joue. C’est une mesure de résistance, et elle demande un appareil spécifique.

Ces trois niveaux sont indépendants. Une installation peut être présente et continue tout en étant inefficace, et l’inverse est vrai aussi : une excellente prise de terre ne sert à rien si un maillon du vert-jaune est coupé quelque part.

Vérifier la continuité du conducteur de protection

L’outil

Un multimètre réglé en mode résistance (ohmmètre) suffit pour cette vérification. Le Sefram 7202 fait très bien ce travail au quotidien.

La méthode

Mettez-vous hors tension sur le circuit concerné. Débranchez l’appareil ou la prise à tester. Placez une extrémité du multimètre sur la broche de terre de la prise et l’autre sur la borne de terre au tableau. La résistance lue doit être très faible, de l’ordre de quelques ohms au maximum selon la longueur du circuit.

Si vous lisez une résistance élevée ou si l’ohmmètre n’accroche pas du tout, le conducteur de protection est coupé, mal connecté ou absent. C’est une anomalie à corriger avant tout le reste, inutile d’aller mesurer la prise de terre si le chemin qui y mène est interrompu.

Avant toute manipulation dans un tableau, on coupe et on consigne.

Mesurer la résistance de la prise de terre

L’outil

C’est ici que beaucoup d’articles font une confusion : l’outil pour mesurer la résistance d’un piquet de terre n’est pas un mégohmmètre. Un mégohmmètre sert à mesurer l’isolation des câbles, en injectant une haute tension entre les conducteurs. Ce n’est pas le bon appareil.

L’outil correct est un telluromètre (aussi appelé terromètre ou mesureur de terre). Il fonctionne avec des piquets auxiliaires plantées dans le sol, selon la méthode des 3 ou 4 piquets. Les contrôleurs d’installation multifonctions (Metrel, Chauvin Arnoux) intègrent souvent cette fonction. Un multimètre classique ne peut pas effectuer cette mesure correctement.

La méthode

La mesure se fait par la méthode des 3 piquets : le piquet de terre à mesurer, un piquet de tension auxiliaire, un piquet de courant auxiliaire. Le telluromètre injecte un courant alternatif et mesure la chute de tension entre les électrodes pour calculer la résistance. Elle se pratique barrette de coupure ouverte. La distance entre piquets et leur positionnement influencent le résultat, suivez le manuel de l’appareil.

C’est du matériel de professionnel, et c’est aussi une mesure qui s’interprète : un même piquet ne donne pas la même valeur en février et en août.

Quelle valeur est acceptable ?

La NF C 15-100 est explicite sur ce point. La résistance de la prise de terre doit être au plus égale à 100 Ω.

Cette valeur vient d’un calcul simple sur le disjoncteur de branchement Enedis (AGCP), calibré à 500 mA :

R = U_L ÷ I_Δn = 50 V ÷ 0,500 A = 100 Ω

C’est la tension limite de contact (50 V) divisée par la sensibilité du disjoncteur d’abonné. Au-delà de 100 Ω, le disjoncteur de branchement ne peut plus garantir que la tension de contact restera sous 50 V en cas de défaut.
Attention à la façon de lire ce chiffre : 100 Ω est un plafond, pas un objectif. Une terre à 90 Ω est conforme et médiocre, elle passera le contrôle un jour de pluie et se dégradera au premier été sec. Les professionnels visent nettement plus bas, souvent sous 50 Ω, et encore moins en présence d’un parafoudre.

Source : NF C 15-100

Que faire si la résistance dépasse 100 Ω ?

La norme prévoit ce cas. Si la qualité du terrain ne permet pas d’atteindre 100 Ω (sol rocheux, sableux, terrain sec), il faut adapter l’installation :

Résistance de la prise de terreSensibilité du différentiel requise
≤ 100 Ω500 mA (AGCP standard)
≤ 167 Ω300 mA
≤ 500 Ω100 mA
> 500 Ω30 mA, avec isolation équivalente classe II assurée jusqu’aux bornes aval

Source : NF C 15-100.

Plus la résistance de terre est élevée, plus le différentiel doit être sensible pour compenser. Ce n’est pas une situation idéale, c’est une tolérance normative qui impose des contraintes supplémentaires sur le reste de l’installation.

L’autre voie, c’est d’agir sur la prise de terre elle-même plutôt que sur la protection : ajouter un piquet, revoir l’emplacement, améliorer le contact avec le sol.

Si la mesure vous inquiète, on ne bricole pas : un diagnostic se fait avec des appareils étalonnés, par un électricien qualifié. Et si vous avez une installation ancienne avec une terre douteuse, l’article sur les risques d’une installation sans terre détaille ce que ça implique au quotidien.

FAQ

Peut-on vérifier la terre soi-même avec un testeur de prise ? Un testeur de prise basique signale la présence ou l’absence de terre sur une prise. Il ne mesure ni la résistance de la prise de terre ni la qualité de la continuité. C’est un outil de détection rapide, pas de mesure. Il peut vous dire qu’il y a un problème, pas à quel point.

Quelle est la différence entre un mégohmmètre et un telluromètre ? Le mégohmmètre mesure la résistance d’isolation des câbles en injectant une haute tension entre conducteurs et masse. Le telluromètre mesure la résistance d’un piquet de terre par rapport au sol via des piquets auxiliaires. Ce sont deux appareils différents, pour deux mesures sans rapport l’une avec l’autre.

La valeur de 100 Ω est-elle facile à atteindre ? Ça dépend entièrement du terrain, et pas du tout de la qualité de la pose. Un même piquet peut donner 40 Ω dans un sol argileux humide et dépasser 500 Ω dans du rocheux sec. Quand le sol ne suit pas, c’est la configuration de l’installation qui s’adapte, avec des différentiels plus sensibles.

Faut-il refaire la mesure de temps en temps ? Une prise de terre se dégrade : corrosion du piquet, assèchement du sol, desserrage à la barrette. Une valeur relevée à la construction ne vaut pas certificat à vie. Un contrôle à l’occasion d’une rénovation du tableau est un bon réflexe.

Mon différentiel 30 mA saute souvent. C’est la terre ? Rarement. Un différentiel qui disjoncte souvent est généralement causé par un appareil défectueux, un câble endommagé ou une humidité dans l’installation. L’article différentiel qui saute sans appareil branché détaille les causes les plus courantes.

Ce qu’il faut retenir

  • Vérifier la terre, c’est trois questions : est-elle présente, est-elle continue, est-elle efficace
  • Le contrôle visuel répond à la première. Il ne répond jamais aux deux autres
  • Un testeur de prise détecte, il ne mesure pas
  • Pour la continuité : un multimètre en mode ohmmètre suffit
  • Pour la résistance de terre : il faut un telluromètre, jamais un mégohmmètre
  • La NF C 15-100 fixe la résistance maximale à 100 Ω (50 V ÷ 0,5 A, basé sur le disjoncteur de branchement à 500 mA)
  • 100 Ω est un plafond, pas un objectif : viser nettement plus bas
  • Si le sol ne permet pas d’atteindre 100 Ω, la norme impose des différentiels plus sensibles pour compenser

Pour aller plus loin :

Pour les exigences normatives complètes sur la mise à la terre en logement, consultez Promotelec.

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