Vous ouvrez votre tableau électrique et vous voyez deux types d’appareils. Certains ont juste un levier. D’autres ont un levier et un bouton TEST. Tous se ressemblent un peu, tous font de la protection, mais ils ne font pas la même chose. Et surtout, ils ne protègent pas la même chose.
Confondre les deux, c’est ne pas comprendre ce qui vous protège dans votre installation. Et ne pas comprendre ça, c’est ne pas savoir quoi vérifier quand quelque chose déclenche.
Le disjoncteur : il protège le circuit
Le disjoncteur protège le câble électrique contre deux types de défauts.
La surcharge : trop d’appareils branchés en même temps sur le même circuit, le courant dépasse la capacité du câble, le disjoncteur coupe. Sans lui, le câble chaufferait jusqu’à provoquer un incendie.
Le court-circuit : deux fils sous tension qui se touchent, le courant monte brutalement, le disjoncteur coupe en une fraction de seconde. Sans lui, l’arc électrique peut être immédiat.
Le disjoncteur est calibré en ampères : 10 A, 16 A, 20 A, 32 A… Ce calibre correspond à la capacité maximale du câble qu’il protège. Un disjoncteur 16 A sur un câble de 1,5 mm², c’est la combinaison standard pour un circuit lumières. Un 20 A sur du 2,5 mm², c’est le standard pour les prises et les appareils spécialisés.
La NF C 15-100 est claire : un disjoncteur par circuit, un circuit par disjoncteur. Et les coupe-circuits à fusibles sont interdits dans les installations neuves ou entièrement rénovées.
L’interrupteur différentiel : il protège les personnes
L’interrupteur différentiel protège les personnes contre les risques d’électrisation. Il ne voit pas la surcharge, ne voit pas le court-circuit. Il détecte uniquement une fuite de courant.
Le principe est simple : il mesure en permanence la différence entre le courant qui part sur la phase et celui qui revient sur le neutre. Dans une installation saine, ces deux valeurs sont identiques. Si un défaut d’isolement existe — câble endommagé, appareil défectueux, contact accidentel avec une masse — une partie du courant part ailleurs, par la terre ou par une personne. L’interrupteur différentiel détecte cet écart et coupe.
Il est calibré en milliampères : c’est sa sensibilité. En logement, la sensibilité standard est 30 mA. Ce seuil n’est pas choisi au hasard. En dessous de 30 mA, le risque de fibrillation ventriculaire est très faible. Au-dessus, il devient significatif. C’est pour ça que le 30 mA est le seul seuil retenu pour la protection des personnes dans les installations résidentielles.
Un différentiel 300 mA ou 500 mA ne protège pas les personnes. Il protège les équipements ou le réseau. Ne pas confondre.
L’interrupteur différentiel a aussi un bouton TEST : il simule une fuite de courant pour vérifier que l’appareil réagit. Il est recommandé de le tester une fois par an.
Les deux ensemble : le disjoncteur différentiel
Un disjoncteur différentiel, souvent appelé « vigi » ou « DDR », intègre les deux fonctions dans un seul appareil. Il protège à la fois le circuit (surcharge, court-circuit) et les personnes (fuite de courant à 30 mA). Il s’installe à la place d’un disjoncteur classique, en tête d’un départ.
On le reconnaît à son levier, son bouton TEST, et à la mention « 30 mA » ou « type A » sur son capot.
Ce que dit la NF C 15-100 sur leur répartition
La norme NF C 15-100-10 impose dans chaque logement :
| Appareil | Minimum obligatoire | Remarques |
|---|---|---|
| Interrupteurs différentiels 30 mA | 2 minimum | Dont au moins 1 de type A |
| Disjoncteurs | 1 par circuit | Obligatoires en neuf et grosse rénovation |
| Circuits sous chaque différentiel | 8 maximum | Pour assurer la continuité de service |
Le fait d’avoir au moins 2 interrupteurs différentiels est important : si l’un déclenche, l’autre partie de l’installation continue de fonctionner. C’est la règle de continuité de service. Un logement avec un seul différentiel pour tous les circuits est hors norme.
Les circuits prises et les circuits lumières doivent être répartis sur au moins deux différentiels différents — exactement pour cette raison.
Pour comprendre comment lire votre tableau et identifier chaque appareil, l’article comment lire son tableau électrique vous donne toutes les clés.
Les différents types de différentiels
Tous les interrupteurs différentiels ne se valent pas face aux mêmes types de défauts. La NF C 15-100 distingue quatre types :
Type AC : détecte uniquement les courants de fuite alternatifs. C’est le type de base, utilisé pour les circuits d’usage général (lumières, prises standard).
Type A : détecte les courants alternatifs et les courants pulsés mono-alternance. Obligatoire pour le lave-linge, la plaque de cuisson et tout appareil pouvant générer ce type de défaut.
Type F : détecte ce que le type A détecte, plus les courants composés. Adapté aux appareils avec variateur de vitesse monophasé (climatisation, pompe à chaleur).
Type B : le plus complet. Obligatoire pour certaines bornes de recharge VE et les installations triphasées avec redresseur.
En pratique dans un logement standard : au moins un différentiel de type A pour les circuits lave-linge et plaques de cuisson, et des différentiels type AC pour le reste — ou type A partout, ce qui est toujours acceptable.
Si vous voulez en savoir plus sur le fonctionnement précis du disjoncteur différentiel et les cas où il déclenche, l’article à quoi sert un disjoncteur différentiel va plus loin sur ce sujet.
FAQ
Le disjoncteur peut-il protéger les personnes ? Non. Un disjoncteur classique ne détecte pas les fuites de courant. Il coupe seulement en cas de surcharge ou de court-circuit. Pour protéger les personnes, il faut un dispositif différentiel — interrupteur différentiel, disjoncteur différentiel, ou bloc différentiel associé à un disjoncteur.
Peut-on avoir un disjoncteur sans différentiel en amont ? Non, dans une installation conforme à la NF C 15-100. Tous les circuits doivent être protégés par un dispositif différentiel 30 mA. Un disjoncteur seul en aval d’un différentiel, c’est la configuration standard. Un disjoncteur sans différentiel du tout, c’est hors norme.
Le bouton TEST sur le différentiel, c’est obligatoire de le tester ? La norme recommande de le tester régulièrement. En pratique, une fois par an suffit. Si le différentiel ne déclenche pas au test, l’appareil est défectueux et doit être remplacé. Ne jamais ignorer un bouton TEST qui ne répond pas.
Pourquoi le différentiel saute alors qu’il n’y a pas de problème apparent ? Les causes sont multiples : humidité dans l’installation, appareil défectueux, câble endommagé, ou tout simplement un différentiel vieillissant devenu trop sensible. L’article différentiel qui saute sans appareil branché détaille les causes les plus courantes et la méthode pour les identifier.
Un différentiel 30 mA protège-t-il même sans bonne prise de terre ? Oui, c’est son avantage. Un différentiel 30 mA peut protéger une personne même en l’absence de terre, parce qu’il détecte la fuite de courant qui passe par le corps humain, que l’installation soit reliée à la terre ou non.
Ce qu’il faut retenir
- Le disjoncteur protège le câble : surcharge et court-circuit, calibré en ampères
- L’interrupteur différentiel protège les personnes : fuites de courant, calibré en milliampères
- Le seuil de 30 mA est le seul retenu pour la protection des personnes — un 300 mA ne protège pas une personne
- La NF C 15-100-10 impose au minimum 2 interrupteurs différentiels 30 mA par logement, dont au moins 1 de type A
- 8 circuits maximum par différentiel — au-delà, la continuité de service n’est plus assurée
- Le bouton TEST doit fonctionner — si ce n’est pas le cas, l’appareil est à changer
Pour aller plus loin :
- Comment lire son tableau électrique ?
- À quoi sert un disjoncteur différentiel (vigi) ?
- Différentiel qui saute sans appareil branché : que faire ?
Pour les exigences normatives complètes sur les protections en logement, consultez Promotelec.

